Le Caravage et Saint Jean-Baptiste
08.12.2008
On connaît bien le Caravage pour son clair-obscur dramatique, ses modèles populaires, et la sensualité latente qui émane de ses oeuvres. Cependant, on oublie parfois son goût pour la subversion, dont la série des Saint Jean-Baptiste offre un très bon exemple. Souvent comparé a Pasolini, ils partagent de nombreuses similitudes, dont le goût des jeunes hommes. Le Caravage choisit ses modèles parmi le peuple, souvent apprentis ou servants. Dans la tradition d’une nouvelle iconographie apparue avec Léonard de Vinci et Andréa del Sarto, le Saint est présenté en jeune homme à peine sorti de l’adolescence, ce qui permet d’exalter les fantasmes homophiles du peintre. Ici, le thème religieux est au service d’un érotisme subversif, mais aussi d’une réflexion métaphysique.

Saint Jean-Baptiste au bélier (1602)
Musée du Capitole, Rome.
Dans ce tableau, les emblèmes traditionnels du Saint sont absents, il est reconnaissable par l’emploi de symboles du Christ, le bélier et la feuille de raisin, qui rappellent la notion de sacrifice. Ainsi, en l’absence d’une iconographie concrète, on a parfois prêté une dimension païenne au tableau, ce qui pourrait justifier la sensualité, par la distance mythologique. On a aussi prêté au jeune homme l’identité d’Isaac, en effet, le bélier rappelle celui sacrifié par Abraham, et pourrait montrer une volonté du peintre de faire cohabiter les deux testaments.
Pour le corps du jeune homme et la composition en S, le peintre s’est inspiré des ignudis (jeunes hommes nus) de Michel-Ange, sur la voûte de la chapelle Sixtine. Cependant, il se différencie et détourne les figures. Ici, le corps est puissant et charpenté, il exalte la sensualité, et non pas un idéal.

Saint Jean-Baptiste (1604)
Musée Nelson-Atkins, Kansas city.
Ce Saint Jean-Baptiste, moins ambigu, inaugure la série de saints solitaires et introspectifs, qu’il peint durant son exil de Rome. L’oeuvre demeure dans la tradition entamée par le Saint Jean-Baptiste de 1602, ample draperie rouge, membres charpentés et anguleux, ombres dévorantes.
Le peintre cherche moins a représenter un érotisme violent, il exprime la solitude physique et morale de l’ermite, et futur martyr.
Il humanise le Saint en le présentant dans un moment intime, mélancolique et perdu dans ses pensées. Le tableau dégage une sombre beauté, mise en valeur par les forts contrastes du fameux clair-obscur, plus dramatique que dans le précédent.
Le corps exalté se mêle à une dimension métaphysique.

Caravage, Saint Jean-Baptiste (1604)
Gallerie nationale d’art antique, Rome.
On retrouve ici cette sensualité exacerbée, amplifiée par l’utilisation du clair obscur. Si l’aspect charnel est très présent dans l’oeuvre du Caravage, il est ici poussé à son paroxysme.
Les violentes oppositions d’ombre et de lumière modèlent le corps, tandis que les ombres dévorantes créent des jeux sensuels sur la peau. La beauté de la chair est soulignée par une gamme chromatique chaude, d’où les tons froids disparaissent progressivement.
Le réalisme accordé à la figure religieuse désacralise le sujet, et l’écarte des representations traditionnelles du Saint en chérubin, comme on peut le voir chez Raphaël.
De plus, si Leonard de Vinci a peint avant lui Saint Jean-Baptiste en jeune homme nu, Caravage y apporte un aspect dramatique et charnel.
Dans cette série de tableaux, Caravage emploie le sujet religieux en l’individualisant.

Saint Jean-Baptiste (1610)
Gallerie Borghèse, Rome.
Ce tableau figure la dernière représentation d’un Saint solitaire de sa carrière.
Le réalisme est accentué, le corps harmonieux et puissant laisse place à une silhouette filiforme et presque disgracieuse.
L’adolescent est perdu dans sa rêverie, le regard vide et dans le vague. On retrouve la dimension métaphysique, il semble réfléchir au sacrifice de Christ, ainsi qu’à son propre avenir.
Pourtant, seuls de maigres attributs rappellent la nature religieuse de la scène, comme le bélier ou le bâton. On ne sait plus qui est peint, le Saint, ou une jeune homme mélancolique de l’entourage du peintre.
Pourtant, seuls de maigres attributs rappellent la nature religieuse de la scène, comme le bélier ou le bâton. On ne sait plus qui est peint, le Saint, ou une jeune homme mélancolique de l’entourage du peintre.
Caravage montre une vision subversive, entre sacré et profane, iconographie chrétienne et païenne. Le sujet religieux est détourné, pour mettre en valeur des dimensions propres au peintre.
Pour Caravage, le sujet de Saint Jean-Baptiste est un thème clé, quasi-autobiograpique, car il représentatif de son état d’esprit à différents moments de sa carrière. Il accompagne l’évolution stylistique et sémantique du peintre. On retrouvera ce thème dans sa carrière, comme dans l’execution de Saint Jean-Baptiste (1608, Malte), mais il ne fera plus office de figure isolée.
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Rather ripped
01.12.2008
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