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    Mélancolie Romantique.

    10.02.2010

    Louise Ebel Pandora Mélancolie Romantique.

    Caspar David Friedrich, Le voyageur contemplant une mer de nuages (1818).

    Au XIXème siècle, triomphe la mélancolie, ou le « mal du siècle ». L’échec de la Révolution, ainsi que la chute de l’Empire, ont jeté un trouble sur la société. Les espoirs qui avaient animé la fin du XVIIIème siècle sont désormais défaits, et ont été remplacés par un doute général. On médite sur l’avenir incertain de la société. La célébration de la mélancolie dans l’art reflète ce profond mal-être, non sans une certaine complaisance.

    Louise Ebel Pandora Mélancolie Romantique.

    Constance Charpentier, La mélancolie (1801).

    Si la mélancolie apparaît comme le reflet du malaise profond du XIXème, elle n’est cependant pas vue comme un vice, mais comme une pulsion créative liée au génie. Avec ce lien étroit entre génie et mélancolie, cette vision renoue avec la tradition de l’Antiquité et de la Renaissance. La melankholia, ou bile noire, est selon Hippocrate l’une des quatre humeurs fondamentales qui régissent le tempérament humain. Si l’on pense à tort que la mélancolie est originaire de la rate, c’est toutefois un tempérament purement mental, associé à la pensée. La notion de « spleen  », popularisée plus tardivement par Charles Baudelaire, nait en Angleterre et désigne l’extrême lassitude ressentie par l’homme désœuvré. Cet abattement face à l’existence s’inscrit dans la tradition de l’acédia antique, désignée par Évagre comme l’un des huit péchés capitaux. Mais avec le Romantisme, ce vice redouté devient un noble sentiment, on pourrait presque parler de mode.

    Louise Ebel Pandora Mélancolie Romantique.

    Jacques Sablet, Elégie romaine (1791)

    La destruction d’une partie du patrimoine français durant la Révolution, ainsi que le saccage des guerres napoléoniennes ont entrainé le développement d’un mouvement de contemplation mélancolique des ruines, afin de méditer sur la gloire passée des civilisations. Ainsi se développe la nostalgie romantique, qui s’illustre dans les arts avec un mouvement de revival historique. On redécouvre le passé national, tandis que des écrivains comme Walter Scott font renaître le roman gothique, qui explore les sombres tréfonds de l’âme humaine. La ruine symbolise la marque du passage du temps, ainsi qu’une évocation de la précarité de l’existence si chère à l’idéologie romantique.

    Louise Ebel Pandora Mélancolie Romantique.

    Caspar David Friedrich, L’abbaye dans une forêt de chênes (1809-10).

    Cette vison de la mélancolie comme méditation métaphysique se place en continuité avec la tradition du XVIIIème siècle, qui l’assimile à une vanité. Cependant, le romantisme y inclut l’exaltation du moi, la mélancolie redevient liée à l’imagination et au génie. Elle permet à nouveau d’accéder à un au-delà, par le dépassement de soi. Dès la fin du XVIIIème, l’esprit s’émancipe de l’objectivité pour tendre à l’élévation du libre arbitre, et à l’exploration du moi. On se passionne pour les tourments de l’âme, la mélancolie devient l’idéal de l’artiste seul et désillusionné. Comme le dit René de Chateaubriand, « il reste encore des désirs et l’on n’a plus d’illusions. L’imagination est riche, abondante et merveilleuse ; l’existence pauvre, sèche et désenchantée. ». Ainsi l’imagination, composante intrinsèque de la mélancolie, permet à l’artiste de s’échapper d’un monde qu’il ne comprend pas, à l’heure où l’effrayante industrialisation prend son essor.

    Louise Ebel Pandora Mélancolie Romantique.

    Anne-Louis Girodet-Trioson, Portrait de Chateaubriand méditant sur les ruines de Rome (1808).

    Durant

    Sous la période romantique, le concept de Sublime se détache de son appartenance à la sphère sacrée, pour se faire lien entre l’homme et la nature. Théorisé par Edmund Burke et Emmanuel Kant à la fin du XVIIIème, le sublime se définit par le bouleversement ressenti par l’âme face au spectacle du déchainement de la nature, il est l’expression du son pouvoir absolu, par opposition à l’existence humaine fragile et éphémère. Face à un orage ou une tempête, l’homme médite sur la précarité de sa propre condition, comme on peut le voir dans les tableaux de Caspar David Friedrich. Il y représente l’incompréhension de l’homme face à l’infini et au grandiose de la nature, qui symbolise l’idéal inaccessible tourmentant l’artiste. Ce déchainement des forces exprime aussi les mouvements torturés de l’âme humaine,  il possède aussi une fonction cathartique.

    Louise Ebel Pandora Mélancolie Romantique.

    Caspar David Friedrich, Le moine au bord de la mer (1808-10).

    A lire : Prigent Hélène, Mélancolie, les métamorphoses de la dépression, Paris, Découvertes Gallimard/ Réunion des Musées nationaux, 2005.

    Clair Jean, Mélancolie, Génie et Folie en Occident, Gallimard/Réunion des Musées Nationaux, 2005.


    08:41 - Publié dans la catégorie Art | 39 commentaires » |

    39 commentaires sur “Mélancolie Romantique.”


    1. ada

      # 1, laissé le 10.02.2010 à 09:52

      Great post! I love romantic art. Friedrich is my favourite painter.

    2. mardijane

      # 2, laissé le 10.02.2010 à 10:00

      stunning, i love the last one best :)

      http://www.humiliatedforyou.blogspot.com

      just because…

    3. Edwige

      # 3, laissé le 10.02.2010 à 10:37

      J’apprécie vraiment ton blog, étant en histoire de l’art, je n’en ressors jamais totalement stupide. Un mélange d’art, de culture et de mode auquel j’adhère vraiment.

    4. Marcela A.

      # 4, laissé le 10.02.2010 à 10:59

      Great post indeed! I’m absolutely fascinated by art and fashion from the Romantic period. It’s specially interesting to me the relation between beauty and ugliness at that time.. but anyway, just wanted to say I love reading your blog. Thanks for sharing :)

    5. le blog de leen

      # 5, laissé le 10.02.2010 à 11:12

      c’est une jolie sélection surtout le premier tableau, il est incroyable

      leen

    6. la M@rionnette

      # 6, laissé le 10.02.2010 à 11:24

      « l’isolement » de Lamartine : mon poème préféré. Je pense qu’il te plairait, si tu ne le connais pas déjà.

    7. diane

      # 7, laissé le 10.02.2010 à 11:54

      oh « trop bien » me suis-je écriée, réaction anachronique et spontanée… mon peintre préféré: Caspar David Friedrich, je pourrai regarder ses toiles pendant des heures… essayer de comprendre leurs mystérieuse lumière…

    8. Sylvie

      # 8, laissé le 10.02.2010 à 12:22

      Merci pour ces infos! C’est intéressant. Est-ce que le texte est de toi?
      PS. J’aime beaucoup ton blog car il a aussi un côté culturel et artistique, contrairement à la plupart des blogs de mode. Bravo!

    9. sandrine

      # 9, laissé le 10.02.2010 à 13:16

      bonjour,
      cela fait plusieurs semaines que je ne peux me passer d’une visite quotidienne sur ton blog. je l’ai découvert par hasard, voyageant au gré des filaments de la toile.
      c’est agréable d’être mêlée à l’art et à la mode dans le même blog. merci pour ça <3

    10. Kaena

      # 10, laissé le 10.02.2010 à 13:47

      Le Romantisme est une époque qui reflète la notre. Beaucoup d’entre nous sont pris par le sentiment du doute et l’impression du désenchantement. C’est pour ça que ce style me touche beaucoup.

    11. Lucile

      # 11, laissé le 10.02.2010 à 14:03

      la première œuvre ,le voyageur est un très bon choix par rapport à ton titre,bonne journée!

    12. tanvi @ now craving

      # 12, laissé le 10.02.2010 à 14:16

      Thank you for teaching me a little more about Romantic era art! It’s definitely a gap in my art history knowledge.

    13. alison

      # 13, laissé le 10.02.2010 à 14:45

      I love Caspar David Friedrich, thank you for sharing these gorgeous paintings!

    14. Nicole Jarecz

      # 14, laissé le 10.02.2010 à 16:11

      I love your blog! I’m a fashion illustrator from Detroit. I hope you’ll check out my work on my blog if you’re interested :)

    15. Zanah

      # 15, laissé le 10.02.2010 à 16:55

      Love this ! :) Mon Mode Blog

    16. Ekaterina

      # 16, laissé le 10.02.2010 à 18:26

      Great post.

    17. 6roove

      # 17, laissé le 10.02.2010 à 18:58

      lovely post :)

    18. Sophie de C.

      # 18, laissé le 10.02.2010 à 19:30

      « Dans quel sens peut-on parler d’un dilemme entre sublime et beau? », tel est le sujet de dissertation sur lequel je travaille en ce moment ! Belle coïncidence !

    19. Ninon

      # 19, laissé le 10.02.2010 à 19:57

      je ne sais pas si tu es allée voir l’expo qui avait eu lieu il y a quelques années au petit palais justement sur LA MELANCOLIE… elle était particulièrment intéressante.
      Un de mes tableaux préférées de cette époque: « Atala et René » de Girodet Trioson

    20. elsa

      # 20, laissé le 10.02.2010 à 20:41

      j’aime beaucoup ce que tu écris. J’aime beaucoup le 19ème siècle sa me fascine. Et cette article tombe pile poil. J’adore

    21. Manuel.

      # 21, laissé le 10.02.2010 à 22:12

      Besides posting your beautifulness, you put the style and the fashion aside to get into the deep of humanity through historical references from the romanticist beauty and thinking from the lovely decadence of the XIX century. You’re even more beautiful inside. God! you’re so real!!! j
      Manuel, Barcelona.

    22. Dounia

      # 22, laissé le 11.02.2010 à 00:43

      exactement comme les autres commentaires le disent on s’en sort jamais stupide de ce blog !!

      http://blogdeddw.wordpress.com/

    23. Camille Kill

      # 23, laissé le 11.02.2010 à 00:57

      Merci pour ces quelques brèves artistiques, qui m’amènent toujours au moins une nouvelle référence ou anecdote.

    24. Eva

      # 24, laissé le 11.02.2010 à 03:34

      Coucou Louise!

      Thanks for the shout-out and thanks so much as always for the vote of confidence. Ça me fait vraiment plaisir de traduire tes posts!

      Amitiés,
      Eva :)

    25. lenka James

      # 25, laissé le 11.02.2010 à 03:43

      I love your post…I am in love with the first painting its simply stunning.Romantic art is full of beauty and melancoly just like our lives thats what I like.

    26. Le 21ème Arrondissement

      # 26, laissé le 11.02.2010 à 06:11

      I love all of these!

      - http://www.21Arrondissement.com

    27. Roxana

      # 27, laissé le 11.02.2010 à 09:11

      interesting post! you don’t see that very often in this bubbly, chaotic bloggerworld.

    28. Little Sushi

      # 28, laissé le 11.02.2010 à 10:34

    29. Tsuri – Fleur-de-Pluie

      # 29, laissé le 11.02.2010 à 11:31

      «J’appartiens aux rêves, à la liberté, à la mélancolie, j’appartiens à l’âme du monde.»

    30. Amca

      # 30, laissé le 11.02.2010 à 11:33

      Le romantisme est aussi lié à la redécouverte des mythes nordique telque Ossian d’où découlera l’Ossianisme. La mélancolie est un retour en arrière , une manière de se dire que le nord de l’europe à aussi sa manière de peindre bien à lui et de s’éloigner des codes Italiens. Une philosophie où les éléments et la nature reprend le dessus, c’est une période où certains Hommes se sentent vraiment petit.

      j’adore ton blog. Il m’inspire énormement pour mes dessins. D’ailleurs j’ai fait certain dessin des photos que tu publie, pourrais les publier sur mon blog?

    31. Céline

      # 31, laissé le 11.02.2010 à 11:34

      article cool j’M tes va et viens entre culture et fripes :s
      les 2 vont ensemble, c bien de le faire sentir
      j’adore ta bouille, et ton blog :)
      Iracema

    32. Mlle Nelson

      # 32, laissé le 11.02.2010 à 16:41

      Très bon article. J’aime beaucoup ce petit cours sur l’histoire de l’art romantique. C’est très inspirant et très instructeur.

    33. Margaux

      # 33, laissé le 11.02.2010 à 16:50

      Très chère Louise,
      Tu es tellement une meuf ouf que dans le simple petit magazine que je viens d’acheter (90Cents, je viens de casser mes économies mais ça valait le coup) tu apparais 2 fois !
      Oui, tu as bien lu, 2 fois !
      Le magazine s’appelle « Envy », 1er numéro aujourd’hui. Donc soit je fais ma cruche parce que bien sur tu es au courant, soit je suis altruiste et tout et je fais partager :
      P.77, l’ « adorable étudiante en arts plastiques », c’est toi
      Et puis, P.115, « On dit bravo », c’est encore toi !

      Pleins de bisous, et de réussite surtout, mais sur ce point là je crois que je n’ai pas à m’inquiéter !

      xoxo, Margaux

    34. Mode Operatoire

      # 34, laissé le 11.02.2010 à 20:10

      Si j’avais su… nous aurions parlé de romantisme au lancement d’Envy la dernière fois!! D’ailleurs je devrais être très fâchée… ils devaient me mettre dans le premier numéro et qui vois-je? Mais disons que ce ne sont pas vraiment le genre de priorités que toi et moi privilégions je crois… Merci pour ce retour en terrain romantique, celui de la première année de mon mémoire de lettres, cette peinture de Friedrich qui me rappelle mon bac français sur Oberman de Senancour ou encore l’un de mes livres préférés les Souffrances du jeune Werther…
      Je crois que nous avons encore quelques petites choses à nous dire une prochaine fois.

    35. Ludivine

      # 35, laissé le 11.02.2010 à 20:56

      Très bel article :D petit commentaire avec LE poème romantique :)

      « Le Lac »

      Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
      Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
      Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
      Jeter l’ancre un seul jour ?

      Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
      Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
      Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
      Où tu la vis s’asseoir !

      Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
      Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
      Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
      Sur ses pieds adorés.

      Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
      On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
      Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
      Tes flots harmonieux.

      Tout à coup des accents inconnus à la terre
      Du rivage charmé frappèrent les échos ;
      Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
      Laissa tomber ces mots :

      « Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
      Suspendez votre cours :
      Laissez-nous savourer les rapides délices
      Des plus beaux de nos jours !

      « Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
      Coulez, coulez pour eux ;
      Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
      Oubliez les heureux.

      « Mais je demande en vain quelques moments encore,
      Le temps m’échappe et fuit ;
      Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore
      Va dissiper la nuit.

      « Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
      Hâtons-nous, jouissons !
      L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
      Il coule, et nous passons ! »

      Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
      Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
      S’envolent loin de nous de la même vitesse
      Que les jours de malheur ?

      Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
      Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
      Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
      Ne nous les rendra plus !

      Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
      Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
      Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
      Que vous nous ravissez ?

      Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
      Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
      Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
      Au moins le souvenir !

      Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
      Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
      Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
      Qui pendent sur tes eaux.

      Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
      Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
      Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
      De ses molles clartés.

      Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
      Que les parfums légers de ton air embaumé,
      Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
      Tout dise : Ils ont aimé !

      Alphonse de Lamartine (1790-1869), Méditations poétiques (1820)

    36. CamilleM

      # 36, laissé le 11.02.2010 à 21:29

      J’ai vu que l’on parlait de ton blog dans Envy :)

    37. Margo

      # 37, laissé le 11.02.2010 à 22:02

      Étant enseignante en art, je trouve cet article très bien écrit.
      Le mot « romantique » est tellement difficile à expliquer a des collégiens pour qui cela ne désigne qu’une bluette style Twilight. L’histoire de l’art du romantisme est tellement vaste que le résumer en termes simples parait quelque chose d’ardu mais tu viens d’y arriver!

    38. paulina

      # 38, laissé le 12.02.2010 à 08:11

      I felt so melancholic today

      http://www.ohmydior.org/

    39. Paperoddbird

      # 39, laissé le 24.03.2010 à 12:44

      Tes articles sur l’art sont parfaits.
      De même pour l’univers de tes shoots. Vraiment sublime…
      Et une jolie note pour tes goûts musicaux (en particulier, The Raveonnettes, Sonic Youth, …)
      <3

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