Anamnèse

03 septembre 2018

Fashion | Life | Looks

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Pictures by Gabrielle Malewski

Il n’est pas un jour sans que l’on me questionne sur le palmarès de mes livres favoris, or cela est invariablement source de perplexité, car je suis tout bonnement incapable de raisonner ainsi. Ma mémoire étant presque entièrement visuelle, je vais d’abord instinctivement réfléchir à la position de mes livres dans ma bibliothèque, puis, à ceux qui sont empilés près de mon lit, car ils sont les derniers en date et ceux qui, par conséquent, seront favorisés dans cette sélection impressionniste. C’est de cette manière dont je me remémorais les leçons à l’approche des examens, il me suffisait pour cela de visualiser la page écrite et d’y retrouver l’information demandée. Pour d’autres, c’était en les récitant à voix haute et en utilisant la mémoire auditive, et je ne peux m’empêcher d’imaginer comme cela aurait été amusant si d’autres sens avaient été convoqués, « je me souviens de mes cours grâce au goût des pages », c’est proustien à souhait. J’ai toujours pensé que ce serait beaucoup plus intéressant si, à la place des questions formelles et assommantes que l’on pose aux personnes tout justes rencontrées -que fais dans la vie ? as-tu des frères et sœurs ?-, l’on s’aventurerait du coté de la sémiologie en demandant, par exemple, « est-ce que votre mémoire est visuelle, auditive ou olfactive ? », « dans un plat, est-ce que vous commencez d’abord par votre aliment préféré ou est-ce que vous le gardez pour la fin ? », ou « comment coupez-vous votre pizza ? ». J’aime beaucoup la dernière, car étant de l’école tout à fait banale de ceux qui la dégustent tranche par tranche en laissant la croute, j’ai été fascinée de découvrir que certains commencent par le centre en traçant une spirale, tandis que d’autres la quadrillent comme une ville américaine. C’est passionnant, et bien plus révélateur.

La notion de synthèse est chez moi un concept quasi inconnu, une terre d’exploration encore vierge, et il en va de même à l’oral : pourquoi devoir résumer, schématiser ? Favoriser un livre plutôt qu’un autre, n’est-ce pas cruellement injuste pour tous ces autres qui furent dévorés et appréciés au fil des années ? Et puis, cela ne fait aucun sens, ainsi un ouvrage pourra être adoré à un certain âge et regardé avec dédain dix ans plus tard, il n’en sera pas moins important en ce qui concerne la construction personnelle. Ainsi aujourd’hui, j’aurais du mal à lire Zola, et pourtant, comme j’ai pu aimer Nana ou l’Assommoir ! Voilà pourquoi je fonctionne par grands tronçons de périodes, ce sont des anamnèses qui sont presque entièrement distinctes les uns des autres, imaginez un tiroir que l’on ouvre et qui fourmillerai de divers souvenirs, sensations, objets et gris-gris liés à une temporalité bien précise sans toutefois être labellisée du sceau d’une année, car le temps est également pour moi un concept abstrait. 2013 ou 2015 par exemple, ne m’évoquent strictement rien, ce ne sont que des chiffres et ils ne sont dans ma mémoire nullement porteurs de sous-textes évocateurs. En revanche, « l’année où je fréquentais untel, portais telle ou telle chose, me passionnait pour telle ou telle autre », celle-là je peux effectivement la situer en toute immédiateté, elle s’inscrit dans une réalité bien tangible là où la date reste chiffre, en tête de courrier, précision nécessaire bientôt obsolète. Et puis, en bonne française, je visualise une année en fonction du calendrier scolaire, elle démarre en septembre et se délite progressivement à partir de juillet, voilà peut-être la raison qui me conduit invariablement à sombrer dans le désarroi tous les étés, avant de renaitre à la rentrée, bien que le temps des cursus universitaires soit loin et que je n’ai été de toute façon jamais vraiment scolaire…La rentrée n’est d’ailleurs pas un mot à valeur universelle, car un jour que je m’interrogeais auprès d’un ami anglais sur sa traduction, il confirma mes soupçons : il n’en existe pas réellement d’équivalent, « back to school » ou « beginning of the school » étant des mots valises et non porteurs immédiats de sens.

Skirt and top (it’s a swimsuit) : Princesse Tam Tam x Elisa Nalin / Bag : M Missoni / Hat : Scrunchie is Back

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From Paris with Love,

Louise


3 commentaires



  1. Manon Naïs dit :

    Jolies photos, mais surtout bel article auquel j’adhère pleinement (je ‘ai jamais rencontré encore de tels découpeurs de pizzas !! Pour ma part je la coupe vraiment n’importe comment et je mange tout. :-D)
    Ce genre d’articles me confirme pleinement dans ma préférence pour les blogs plutôt que pour les sites visuels comme Instagram. Merci donc de continuer ici !

  2. moi qui pensais être le seul à avoir une relation au temps qui évite le piège de l’enfermement temporel. je suis donc soulagé. d’autre part, quel régal de lire une prose aussi parfaite. félicitations. je ne regrette pas de suivre votre blog, il y a un certain enrichissement. quant à votre position sur les livres préférés, le palmarès, je pense qu’il faut quand même dire ce que nous avons lu avec passion, et quand bien même, notre évolution personnelle nous fait chercher de nouvelles aventures livresques et délaisser les précédentes, il n’en reste pas moins vrai que jamais je ne pourrai oublier l’importance de la lecture complète de l’encyclopédie Tout l’univers pendant mon adolescence, car c’est « ce jour-là que tout a commencé ». pour autant, il est vrai, je ne pourrai pas me décider à la relire. la nostalgie, c’est pas vraiment mon truc, n’en déplaise aux mânes céleste de M. Proust.

  3. Beautiful photography and style!

    Rebecca | http://www.peppermintdolly.com

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