Degas à l’Opera

09 janvier 2020

Art | History | Musées | XIXème

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Photos de Pauline Darley

Exposition Degas à l’Opéra, jusqu’au 19 janvier au Musée d’Orsay.

Le 16 janvier, se tiendra au musée la nouvelle édition de la déjà culte Curieuse Nocturne, qui sera sur le thème du carnaval. De nombreuses surprises et réjouissances seront au programme, à retrouver ici. Quand aux soirées du 17 et 18 janvier, elles seront rythmées par deux exceptionnelles nocturnes, idéales pour découvrir ou redécouvrir l’exposition avant son décrochage.

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”Prenez par exemple un tableau de M. Degas et voyez si celui-là se borne à être un excellent « modiste », si, en dehors de sa grande habilité à rendre les étoffes, il ne sait pas vous jeter sur ses pieds une créature dont le visage, la tournure et le geste parlent et disent ce qu’elle est. Il représente des danseuses. Toutes sont de vraies danseuses et toutes diffèrent dans leur façon de s’exercer à un labeur semblable. Le propre de chacune ressort, la nervosité de la fille qui est douée d’instinctives pirouettes et qui deviendra une artiste, apparaît au milieu de ce troupeau d’athlètes féminins qui sont censés ne devoir gagner leur vie qu’à la force de leurs jambes. Tel qu’il est, et tel qu’il vie sera surtout, l’art impressionniste montre une observation très curieuse, une analyse très particulière et très profonde des tempéraments mis en scène. Ajoutez-y une vision étonnamment juste de la couleur, un mépris des conventions adoptées depuis des siècles pour rendre tel et tel effet de lumière, la recherche du plein air, du ton réel, de la vie en mouvement, le procédé des larges touches, des ombres faites par les couleurs complémentaires, la poursuite de l’ensemble simplement obtenu, et vous aurez les tendances de cet art dont M. Manet, …, a été l’un des plus ardents promoteurs. »

(Joris-Karl Huysmans, L’Art Moderne, 1883)

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Dans ce monde en suspens créé par Degas, et où règne le silence, on croirait entendre au loin les échos d’un orchestre, le crissement des sièges que l’on rabat, le froissement d’un jupon de tulle. Figées par l’œil tout à tour tendre et implacable du peintre, les petites danseuses paraissent s’animer. Ici, l’une rajuste le lacet de satin de son chausson, la-bas, une autre s’étire, réprime un bâillement. Il y a à la fois du mouvement et de la pesanteur, celle des heures interminables passées à la barre, répétitions monotones où se lit l’ennui, la lassitude des entrechats mécaniques, rythmés seuls par la mélodie d’un piano. Vies silencieuses, scènettes ordinaires rendues éternelles, chaque tableau est un éloge de l’instant.

 “Jetés, balancés, pirouettes et gargouillades” sont, pour le peintre comme pour les petites danseuses, autant d’”exercices de precision” leur permettant d’accéder à la virtuosité. Seulement, là où l’art du ballet se distingue par son classicisme, celui de Degas tend à rebours à s’aventurer vers le terrain de l’expérimentation. Couleurs, effets de matière et de lumières, cadrages décentrés, parfois brusques, tout est prétexte pour le peintre à l’innovation.

A la manière d’un photographe, médium qui est alors en plein essor, Degas immortalise la grâce comme le trivial, il capture sur le vif et ne choisit pas. Etoiles de la scène aux visages phosphorés, déformés par les lumières artificielles, libellules aux ailes froissées de tulle et petits rats appliqués, la figure lasse et les membres somnolents, il les voit toutes, en narrateur omniscient, parfois indiscret. Caché dans le lourd renflement du rideau de velours qui encadre la scène, Degas en effet semble épier, attendre le moment juste, celui qui choisira de figer.










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From Paris with Love,

Louise

 


2 commentaires



  1. shamant dit :

    Bonjour,
    Un très beau projet,
    Merci de partager.
    Merci de continuer avec le blog de notre site de voyage : magado.fr. Merci de nous faire part de vos précieux commentaires.
    Nous attendons vos commentaires avec impatience.
    Merci.

  2. Sophie dit :

    Merci pour l’inspiration !
    Je crois que c’est mon musée préféré à Paris. Les clichés sont très beaux, vous faites un beau duo avec Pauline Darley

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