Deux jours à Grenoble

10 décembre 2021

History | Musées | Voyages

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Les photos me représentant sont signées Pauline Darley, le reste est de moi.

Saviez-vous que c’était à Grenoble que Choderlos de Laclos, alors en garnison, s’était inspiré de la société de la ville pour composer les personnages de son futur roman épistolaire, les Liaisons Dangereuses ? Saviez-vous que c’était ici qu’était né Stendhal, et qu’était tombé malade un certain Rousseau ? Saviez-vous que c’est à Grenoble que s’était tenue la réunion des états généraux du Dauphiné, qui avait préfigurée celle du jeu de paume lors la révolution française ? Saviez-vous qu’il s’agissait de l’une des capitales mondiales de l’innovation ? Vous ne saviez pas tout ça, non ? Et bien c’est parti, suivez-moi pour une visite !

Mais d’abord, un peu d’histoire ! La première trace que l’on ait de Grenoble date de -43, quand Lucius Miniatus Plancus (futur fondateur de la colonie de Lugdunum, alias Lyon), chargé d’y construire un pont, en fait mention dans une lettre à Cicéron.Alors nommée «Cularo», la petite bourgade qui deviendra plus tard Grenoble commence à se développer grâce à sa position stratégique sur la voie romaine qui mène à Lyon. Puis, on la rebaptise Gratianopolis au IVe siècle , en hommage à l’empereur Gratien qui, de passage, y aurait implanté le christianisme. A partir du XIe siècle, Grenoble devient ensuite la capitale des seigneurs du Dauphiné de Viennois (principauté du saint empire romain germanique). Et quand le Dauphiné se rattache au royaume de France, en 1349, Grenoble en devient l’une des villes principales, et de nombreux monastères et garnisons y sont édifiés.

« Bienvenue dans la ville des portes ! » nous dit à l’arrivée notre guide, Elise, et c’est vrai qu’elles sont plutôt agréables à regarder, ces portes monumentales avec leurs influences ésotériques.

Voici l’Isère ! Sa couleur gris-verte vient de l’ardoise charriée par l’un de ses affluents. Autrefois, elle était navigable, et il s’agissait de l’une des principales voies pour rejoindre le Rhône. Pourtant, elle était encore plus mouvementée que de nos jours ! Ainsi l’’histoire de Grenoble a-t-elle été tristement marquée par les nombreux inondations et débordements de l’Isère.

Cette fontaine, dite «du lion» a été édifiée en 1857 pour célébrer la victoire symbolique de la ville sur la rivière. Sauf que, deux ans plus tard, rebelotte en 1859 avec une crue mémorable, qui est aujourd’hui celle de référence. C’est pas d’bol, comme on dit !

Allez hop, on quitte les berges de l’Isère pour monter en direction du monastère de la Visitation, fondé en 1618 par Jeanne de Chantal. Cette pionnière, qui fonde l’ordre de la Visitation avec François de Sales, mènera une coalition de femmes pour obtenir le droit de construire son couvent, et lèvera d’importants fonds.

Au XIXeme, le monastère deviendra ensuite un lieu d’accueil pour les migrants italiens, qui y vivent dans des conditions proches de l’insalubrité.

Depuis 1968 et les J.O. de Grenoble, l’ancien monastère accueille désormais un musée d’ethnographie alpine.

Réalisé en 1662 dans le style italien, le décor de la chapelle du monastère est d’une splendeur absolue.

Comme la ville était assez pauvre jusqu’au 19ème siècle, il y a, hormis cette chapelle, très peu d’exemples de baroque à Grenoble.

Les médaillons représentent des scènes allégoriques qui symbolisent les vertus de Saint François de Sales, le co-fondateur de l’ordre de la Visitation avec Jeanne de Chantal.

Depuis la terrasse du musée, la vue sur Grenoble est imprenable.

C’est là qu’Elise nous a dit qu’au XIXeme siècle, l’industrie de la ganterie, dont le centre international s’est basé a Grenoble, a permit à la ville de prendre son essor. Dans la foulée, d’autres industries se mettront en place, ce qui entraînera une vague importante de constructions. Puis, il faudra connaître l’impulsion des JO de 1968 pour que la ville connaisse un nouvel essor. D’où les nombreuses constructions en béton, souvent décriées.

Retour en ville. C’est ici qu’est né Stendhal !

Fun fact : Choderlos de Laclos n’est, en revanche, pas né à Grenoble, mais il y est passé en garnison, et c’est de la société de la ville qu’il se serait inspiré, parfois très littéralement, pour les personnages des Liaisons Dangereuses. J’avoue que ce fait m’a laissée sans voix, alors comme ça Madame de Merteuil était une grenobloise: dingue !

Pause déjeuner au café Myrö, qui sert de délicieux brunchs.

Grenoble, c’est aussi la ville de Jean-Jacques Rousseau, qui s’y installe en 1768, où il est à accueilli par un parlementaire, l’avocat Bovier, l’hôte le plus envahissant du monde apparement. Il tente de lui échapper tant bien que mal, notamment en allant se balader dans la montagne. Un jour, au cours d’une ballade, il absorbe du sorbier par mégarde et en tombe très malade, ce qui lui vaudra de se faire soigner par…l’avocat Bovier. VDM, comme on dit.

Les Halles, légèrement surélevées pour contrer les inondations.

Nous arrivons au domaine de Vizille, qui abrite le musée de la révolution française ! C’est le seul dans le monde à être spécialisé  sur ce sujet.

Pourquoi se tient-il à Grenoble ? Parce que c’est là, dans ce château même, qu’après une révolte locale se sont réunis les trois ordres de Etats-Généraux du Dauphiné, en 1788 soit six mois avant ceux de Paris au jeu de Paume.

C’est donc à Grenoble, en quelque sorte, qu’est le berceau de la Révolution.

Et d’ailleurs le texte du serment du jeu de paume sera rédigé par un grenoblois !

Dans les premières salles du musée, est  présentée la collection de Jeanne Lemerle, qui a rassemblé un grand nombre de porcelaines révolutionnaires dans les années 20. Ce sont des assiettes patronymiques, c’est à dire qui célèbrent les saints patrons de leurs destinataires ou commanditaires

On passe ensuite aux peintures historiques format XXXL du 19eme : ma passion coupable.

Toile de Nanine Vallain, élève de David et issue d’une famille d’artiste, qui obtiendra un certain succès durant la révolution, notamment avec cette allégorie de la Liberté.

Une autre salle de grands formats qui envoie du pâté. Dingue comme de nombreux tables hypers connus s’y trouvent  :

« Marie-Antoinette se rendant au supplice » de François Flameng

« Mort de la princesse de Lamballe » de Léon Maxime Faivre

Changement d’époque avec la partie historique du château, qui a été bâtie à l’époque des guerres de religion par le duc de Lesdiguieres. Henri IV et Louis XIII venaient y chasser.

Appartements de Casimir Perrier, qui invita les États-Generaux du Dauphiné à se réunir en 1788 dans le château, qui lui appartenait.

Quelle vue !

Ensuite, Élise, notre guide, nous avait ensuite réservé une incroyable surprise : une ballare dans la réserve animalière privée du parc de Vizille, où s’ébattent plus de 400 daims, biches et cerfs dans un cadre magnifique. Ça rendait rien absolument en photo donc je l’ai rangé, et à la place j’ai profité. C’était magique, on en a vu des centaines. Un moment inoubliable.

Séance photo avec Pauline avant de repartir.

Petite pause à l’hôtel Okko pour se remettre de ces émotions.

Dîner à La Chapelle, un restaurant situé dans l’ancienne chapelle de la clinique des bains, avec une déco inspirée par le tarot. La cuisine, centre de tout, est située dans le cœur de la chapelle, ancien centre de tout.

La chapelle sert une cuisine du monde, dont les plats sont choisis en fonction des origines et de l’histoire des membres du  personnel. On y trouve donc autant du thaï que de l’argentin que de l’italien que du vietnamien. Et c’est trop bon !

La soirée continue au bar à cocktails Blind Pig, ou je décide de dédaigner une carte alléchante pour commander une chartreuse on the rocks. Mais pas n’importe laquelle, la cuvée Reine des Liqueurs (seulement 1440 exemplaires par an) dont la composition est dérivée d’une recette appréciée du dernier des tsars, Nicolas II.

Jour 2 à Grenoble !

On commence par la visite du musée des beaux-arts, qui est célèbre pour son importance collection d’art contemporain, mais possède également une très belle sélection de toiles des grands maîtres de la peinture. En voici une sélection :

Une curiosité : Simon-Mathurin Lantara, l’esprit de dieu voguant sur les eaux (1752). On dirait du Turner avant l’heure !

Tony Robert-Fleury, Le bain.

Fantin-Latour était originaire de Grenoble. Ici, « nature morte dite de fiançailles ».

Saviez-vous que sa femme, Victoria Dubourg, était artiste peintre ? Une fois n’est pas coutume, elle fut encouragée dans cette carrière par son mari, qui l’a poussa à exposer au salon. Elle était également collectionneuse et c’est à elle que le musée doit de posséder un nombre important de toiles de Fantin-Latour.

Georgette Agutte, élève de Gustave Moreau, qui a été très reconnue de son vivant. Elle est surnommée « la coloriste », du fait de ses associations chromatiques radicales qui annoncent le fauvisme. Évidemment, Georgette Agutte est complètement oubliée aujourd’hui Comme Jacqueline Marval, dont le musée possède la toile la plus connue, malheureusement en restauration.

 Déjeuner délicieux à la brasserie Chavant, baptisée en l’honneur d’une lignée de restaurateurs grenoblois.

On se croirait dans un Wes Anderson ! Grenoble étant une capitale de l’innovation, voici un petit topo des choses qui y furent inventées :

Ciment

Hydroélectricité

Le bouton pression

L’office du tourisme

Et oui, tout ça !

Balade dans le quartier de saint-Laurent, siège de la communauté italienne qui est ici très importante. Autrefois, il s’agissait de l’endroit des France où l’on comptait le plus de pizzerias par habitant, c’est dire !

Nous arrivons ensuite au musée archéologique Saint-Laurent, dont l’histoire remonte au IVeme siècle. A l’origine, il s’agissait d’un mausolée pour des personnages importants à l’époque des premiers chrétiens. Au VIeme  siècle, y sera ajoutée une église à plan cruciforme, qui deviendra plus tard une église carolingienne, puis romane, avec un prieuré.

Au XIXe, une campagne de fouilles est menée, et le frère de Champollion découvre la crypte de Saint-Oyand, qui est l’un des seuls sanctuaires paleochretiens en Europe à être encore en état.

Au XXe, plus de 1500 sépultures seront mises à jours, après que l’église ait été désacralisée afin de faciliter les fouilles.

 

La crypte du VIe siècle. Les collines sont probablement des remplois de celles des thermes de Grenoble.

Dernière étape avec le musée de l’ancien évêché, qui comprend les vestiges d’un baptistère du IV siècle, ainsi qu’une jolie collection de peintures et d’objets ayants trait à l’histoire de la vie quotidienne des habitants de la ville.

Au revoir Grenoble, c’était trop chouette !

***
From Paris with Love,
Louise

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