Le Château de Champs-sur-Marne

06 août 2017

Art | History | Looks | Musées | Paris | Shootings

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Pictures by Pauline Darley

En juin dernier, j’ai eu le plaisir de faire la découverte du château récemment rouvert de Champs-sur-Marne, qui conjugue mon amour pour deux des plus célèbres favorites parmi la foule de divines hétaïres ayant partagé la couche royale : Louise de la Vallière, qui aima Louis XIV d’une passion sincère et déchirante avant de prendre le voile aux carmélites, et dont la fille, mariée au prince de Conti, fut propriétaire du château avant de le céder à son cousin le jeune duc de la Vallière, et l’exquise marquise de Pompadour, ambassadrice par excellence du rococo, qui le louera pendant près d’un an et demi. Placé sous le patronage de ces muses d’exception, on comprend pourquoi le décor intérieur du château déploie un tel faste de clarté et de légèreté typiques du goût d’une époque qui imagine un art décoratif naturaliste et irrégulier, cette grâce de l’infiniment petit qui donna naissance au style rocaille. Bien que ces deux Diane n’aient en réalité pas tant à voir avec le programme ornemental du château, cela ne nous empêche pas d’en admirer les milles mouvements, et de soupirer de volupté face à ces camaïeux laiteux de bleus d’azur et de Prusse, qui transforment les salons de Champs-sur-Marne en porcelaines chinoises grandeur nature.

Une des particularités du château de Champs-sur-Marne réside dans son plan innovant conçu par l’architecte Jean-Baptiste Bullet de Chamblain qui, à l’instar de celui de Vaux le Vicomte par Louis le Vau, présente une disposition s’articulant autour d’un axe central, avec coté cour les pièces de service et l’escalier, et coté jardin les pièces de réception.

Pièce maîtresse du château de Champs-sur-Marne, ce salon chinois tout à fait caractéristique du goût de l’époque pour les arts asiatiques, engouement qui perdurera jusqu’à la fin du XVIIIème siècle car Marie-Antoinette en était très friande, et possédait une grande collection de laques dont elle tenait la passion de sa mère l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche. Ce fut d’ailleurs cette dernière qui en offrit quelques exemplaires à Madame de Pompadour, on ne peut que s’étonner face à ce cadeau à une favorite lorsque l’on connait l’attachement que portait l’impératrice aux valeurs familiales et chrétiennes, mais n’oublions pas que la souveraine était également une redoutable diplomate ! Sur les lambris peints par Christophe Huet, c’est tout un Orient rêvé et sublimé qui vibre dans le secret des ces murs, tandis qu’au sol se lisent sur les tapisseries des fauteuils Louis XV les récits tragi-comiques des fables de la Fontaine. Bien que le mobilier ne soit pas d’origine (il fut saisi et dispersé sous la Révolution), l’ensemble offre au regard une promenade ravissante au sein de cet empire miniature, et si délicieusement rococo, dont sont reines la grâce et la fantaisie.

La Chambre Bleue et ses bucoliques pastorales sur les lambris de hauteur. Quel grâce dans le choix des teintes ! Les porcelaines chinoises bleues et blanches s’allient superbement aux stucs dorés du mobilier et au brocard safrané du lit en alcôve conçu pour le duc de La Vallière.

Le Salon rouge. Quelle surprise de retrouver ici ce tableau que j’ai longtemps conservé -dans une version tronquée issue de Tumblr- sur mon téléphone, sans toutefois en connaître la provenance. Je sais désormais qu’il a été peint par Pompeo Batoni et représente une femme dont l’identité n’est pas connue.

Le jardin est tout à fait original puisqu’il présente la particularité d’être composite, c’est à dire à mi chemin entre le jardin à la française classique typique du Grand Siècle, et le jardin pittoresque tel qu’il s’en déploie en Europe au cours du XVIIIème siècle. La conception des parterres et bosquets qui s’avancent par-delà la façade intérieure du château est due à un élève et petit-neveu de Le Nôtre, Claude Desgots, qui reprend ici -et c’est le cas de le dire- les grandes lignes du programme paysagiste élaboré par son ancêtre. Lors de la seconde moitié du XVIIIème siècle, le jardin à la française sera peu à peu supprimé au profit d’un style à l’anglaise, ce que l’on retrouve à merveille dans Le Salon de Madame et ses treillages d’un bleu tendre qui encadrent quatre bustes figurant les quatre saisons. Cette fabrique (ou folly en anglais), est tout à fait caractéristique du goût de l’époque pour un paysage irrégulier dit pittoresque, qui voit le jardin comme un reflet des mouvements de l’âme, propice au développement de la réflexion ou de la conversation. La nature se fait moins contrainte et se pique d’irrégularités comme ces fameuses fabriques, le tout tendant à une composition libre et poétique digne d’être représentée par les peintres. C’est à la fin du XIXème siècle que, sous l’impulsion des paysagistes Henri et Achille Duchêne, seront ressuscités les parterres à la française présents à l’origine, sans que n’en soient pour autant effacés les paysages pittoresques à l’anglaise, ce qui donne ainsi à l’ensemble cet aspect mixte des plus romantiques, parfaite synthèse entre deux styles majeurs.

Le Grand Salon.

Le Vestibule, dont le marbre blanc est richement réchauffé par les tons pourpres des velours et brocards qui en ornent le décor.

La Salle de Bain de la Chambre de Madame, une merveille de raffinement et de confort moderne pour l’époque, avec son joli décor peint que l’on imaginerait sans peine au Petit Trianon.

A l’étage, le Salon de Musique. On y retrouve la dialectique entre tons chauds et tons froids, et toujours ce superbe bleu céleste légèrement teinté de jade, qui offre un magnifique écrin aux chinoiseries parsemées ça et là dans le décor. Rythmée par les glaces et les pilastres, cette majestueuse pièce ovale me rappelle celle de l’hôtel particulier des Jacquemart-André, couple de collectionneurs de la fin du XIXème et férus de rococo, tout comme les Cahen d’Anvers (représentés ici sur les murs), qui seront propriétaires du château de Champs-sur-Marne dès 1895. Pour la petite histoire, la fille de Louis Cahen d’Anvers, dont le portrait figure en bonne place dans ce Salon de Musique, épousera un autre grand collectionneur de l’époque spécialisé dans le XVIIIème siècle, Moïse Nissim de Camondo, qui fonda le musée qui porte aujourd’hui encore son nom. Grâce aux travaux de restauration entrepris au château par les Cahen d’Anvers et dirigés par l’architecte Walter André Destailleur, de nombreuses pièces furent nettoyées de l’ornementation excessive qui les alourdirent sous le Second Empire, et retrouvèrent ainsi leur délicatesse de biscuit. A l’instar des Camondo et Jacquemart-André, Louis Cahen d’Anvers s’attacha à restituer la richesse et la personnalité du décor XVIIIème de ce château, en y associant tous les attributs du confort moderne tels qu’il étaient à l’orée de 1900. C’est à également à cette époque que les jardins furent redessinés par Henri et Achille Duchêne, tandis que meubles, bibelots et statues furent chinés par Louis Cahen d’Anvers afin d’habiller avec authenticité l’espace intérieur comme extérieur. Malheureusement, son fils Charles qui hérita du château à la mort de son père en fit don à l’état, et vendit le mobilier. Il fallut ainsi attendre 2013 pour que Champs-sur-Marne fut de nouveau ouvert au public, après d’importants travaux de restauration.

Comment ne pas retrouver toute l’essence du XVIIIème siècle dans ces quelques photos ? Sa passion pour le délicat se lit dans les reliefs tendres de ces décors qui aspirent à gommer les frontières entre espace intérieur et jardin, en y recréant une nature certes fourmillante et accidentée, mais domptée par l’œil de l’artiste. Pastorales, scènes exotiques, décors grotesques mais aussi paysages charmants, ce sont autant d’embarquements à Cythère qui sont offerts au regard du visiteur, témoins frémissants d’une époque qui peu à peu se détourne de la pompe du Grand Siècle pour partir en quête du vrai, sans oublier de faire quelques détours, le temps d’une chanson galante, par un temple de l’Amour ou une grotte rocailleuse…

Ici, le cabinet en camaïeu dont les tons bleutés peints par Huet rappellent ceux des porcelaines chinoises. Mon seul regret quand à cette visite est de n’avoir pas pu profiter pleinement de la délicatesse des décors, puisqu’à l’occasion d’une exposition sur les costumes de la Belle Époque, les pièces étaient plongées dans une semi obscurité afin ne pas décolorer les bien trop fragiles tissus, ce qui est tout de même dommage car en découvrant ces photos de Pauline prises lors d’une précédente visite, je ne peux que regretter de ne pas avoir pu en savourer de visu les splendeurs. Avec un tel luxe de décors, on comprend pourquoi la majorité des films sur les XVIIème et XVIIIème siècles ont été tournés à Champs-sur-Marne, la liste en est impressionnante : Les Liaisons Dangereuses, Marie-Antoinette, Ridicule, l’Allée du Roi, et même plus récemment la belle mais peu vraisemblable série Versailles. Grâce à des tablettes tactiles présentes dans les salles, on peut même découvrir où précisément ont été tournées dans le château les scènes de ces films, et j’ai été ainsi amusée d’y reconnaître de nombreux plans du Marie-Antoinette de Sofia Coppola, qui m’avait beaucoup marquée à l’époque de sa sortie et avait fait renaître chez moi une véritable fièvre pour le XVIIIème siècle.

C’est tout pour aujourd’hui, j’espère que vous aurez apprécié cette visite virtuelle et qu’elle vous aura donné envie comme moi de découvrir ou de redécouvrir ce beau château qui a l’avantage d’être situé à moins d’une heure de Paris, et tout à fait accessible puisqu’il suffit de prendre un RER (même direction que Disneyland) puis un bus ou de marcher une quinzaine de minutes.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site du Château de Champs-sur-Marne

Et n’hésitez pas à parcourir la fiche détaillée du Château de Champs sur PassionChâteau !

***

From Paris with Love !

Louise


8 commentaires



  1. Jacinthe dit :

    Très belle visite, merci beaucoup! J’ai un énorme coup de cœur pour le cabinet de toilette que j’ai l’impression d’avoir aperçu dans l’allée du roi. L’exposition en parallèle était intéressante? Elle me fait très envie!
    J’aurai juste bien aimé savoir d’où vient ta sublime robe…

    • Louise dit :

      Merci beaucoup ! C’est une robe Asos :)
      L’exposition était jolie mais j’ai vraiment regretté qu’on ne puisse pas voir les pièces, ni les robes d’ailleurs :D

  2. Alexandra dit :

    Bonjour Louise,
    Cela fait un moment que je n’ai pas pris le temps de laisser un petit commentaire par ici.
    Merci pour la découverte de ce château qui a l’air somptueux, tu me donnes très envie d’y aller, je l’ajoute sur ma to do :)
    Alexandra

  3. Elodie dit :

    Merci pour cet article historique! Le lieu est sublime, et ton post donne vraiment envie de le découvrir! Très belle robe également :)

  4. C’est superbe Louise, merci pour cette visite qui donne clairement envie de fouler les allées des jardins et les pièces romantiques du château. C’est vraiment agréable de lire toutes les anecdotes. C’est un plaisir de te lire et ta robe est vraiment belle ;-)

    • Louise dit :

      Merci ton message me ravit ! je suis agréablement surprise de voir que mes articles historiques sont lus, cela me donn envie d’en faire d’autres ;)

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