Le Vert de Venise

07 janvier 2019

Fashion | Life | Looks | Voyages

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Pictures by Pauline Darley

Dress and bow : Zara (last year) / Boots : Jonak Paris / Stockings : Wolford / Bag : Furla

“Le poison de Venise, c’est la féerie d’une architecture de songe dans la douceur d’une atmosphère de soie ; ce sont les trésors des siècles, amassés là par une race de marchands et de pirates, la magnificence de l’Orient et de l’ancienne Byzance miraculeusement alliée à la grâce de l’art italien, les mosaïques de Saint-Marc et le revêtement rosé du palais ducal ; le poison de Venise, c’est la solitude de tant de palais déserts, le rêve des lagunes, le rythme nostalgique des gondoles, le grandiose de tant de ruines ; dans des colorations de perles —perles roses à l’aurore et noires au crépuscule —, le charme de tristesse et de splendeur de tant de gloires irrémédiablement disparues ; et dans le plus lyrique décor dont se soit jamais enivré le monde, la morbide langueur d’une pourriture sublime.”

(Jean Lorrain, Pélleastres)

Je me souviendrais toujours de mon premier souvenir de Venise, j’avais dix-sept ans et notre vaporetto venait de s’amarrer le long de San Marco. En posant le pied sur la piazetta, je fut prise d’un étrange vertige car l’architecture qui m’entourait ne semblait soudain plus réelle, elle paraissait sortir d’un songe et jamais de ma vie ai-je à nouveau ressenti cette impression distincte mais confuse d’avoir perdu tout contact avec la réalité : autour de moi, ça n’était plus un panorama, mais un tableau, l’empreinte de Canaletto sans doute…Cette perte étourdissante de répères est induite par l’eau, et c’est d’ailleurs lorsque l’on navigue sur le grand canal que l’on réalise ce qui donne à l’île cette qualité cinématographique, car palais et campos semblent comme posés sur une lagune qui se fait scène, et ainsi, la ville entière ressemble à un décor de théâtre. Et puis, il faut dire qu’à Venise, être entouré par toute cette eau -je pourrais gloser des heures sur sa couleur changeante, entre le céladon et l’émeraude- n’aide pas à garder pied, et pour filer la métaphore, c’est d’ailleurs un peu comme avoir le mal de mer, car que ce soit notre perception du tangible, nos conceptions esthétiques, et même notre équilibre psychologique, ici tout tangue, tout est menacé. Un pas de trop, et hop, on part au vau-l’eau. Pour sûr, il ne vaut mieux pas se rendre à Venise si on est fragile, mais d’un autre coté, quel bonheur de se perdre dans ce labyrinthe qui pourtant n’en est pas un, dans ces rues minuscules où par bonheur chaque chemin -si on peut le dire- mène à Rome, et quel délice de se trouver réveillé dans les heures sombres de la nuit par le sinistre tocsin qui annonce l’aqua alta, et quel plaisir encore que de se croire Aschenbach ressuscité en faisant sonner ses talons sur le marbre moucheté et cabossé de ces palais déserts aux allures aussi nobles que fantomatiques. La sérénissime est intrinsèquement gothique, « gothique » au sens moderne pourrait-on rajouter, et c’est d’ailleurs ce style architectural qui lui est resté pour l’éternité, et que John Ruskin lui-même vint étudier in situ il y a deux siècles de cela, qui caractérise son empreinte visuelle, puisqu’elle est indissociable de ses fenêtres en ogives. Mais, Venise reste aussi lumineuse, lumineuse comme les toiles de Véronèse, et lumineuse comme les mille nuances de roses qui viennent peindre ses reliefs lorsque le soleil se couche à l’occident, et que l’on trouve reflètées, comme des canvas liquides, par les flaques d’eau salée qui tapissent les contours de l’île, des Zattere aux Fondamente Nove. Mes plus beaux souvenirs se trouvent à Venise, et vous ?

***

From Paris with Love

Louise


3 commentaires



  1. Kristina Suko dit :

    What a gorgeous dress!

  2. Ondine dit :

    Ton univers est toujours un délice !

    J’ai hâte de lire le livre que tu es en train d’écrire.

    Un petit cadeau, pour te souhaiter de passer une excellente année :
    https://www.youtube.com/watch?v=52Qd899r8Jk

    Je partage ton amour pour la capitale vénitienne : son atmosphère unique, poétique, inoubliable…

    Le vert te va à ravir !

    Amicalement,
    O.

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