Mother

05 février 2018

Art | Fashion | Life | Looks | Musées | Paris | Shootings

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Pictures by Pauline Darley

A Paris, il existe au 11 quai de Conti un musée que les touristes ne pensent pas toujours à visiter car ne faisant pas partie de la sainte trinité Louvre-Orsay-Orangerie, mais devant lequel s’amoncellent pourtant des files des visiteurs : il s’agit de la Monnaie de Paris, dont les expositions temporaires consacrées à l’art contemporain attirent toujours des milliers de curieux. Bien que n’étant pas une grande amatrice d’art contemporain, il m’arrive pourtant fréquemment de me rendre à ces expositions car elles sont présentées dans le cadre somptueux de l’hôtel de la Monnaie, s’achevant pour la plupart en apothéose au sein de la magnifique salle d’apparat Guillaume Dupré (du nom d’un médailliste de la Renaissance), à l’instar de la récente exposition Woman’s House, qui y mettait en scène l’iconique araignée monumentale de l’artiste Louise Bourgeois, nommée non pas Maman comme la plupart des autres sculptures de cette série, mais plus sobrement, Araignée.

C’est l’occasion de vous parler un peu de féminisme, non pas de son histoire ni de son actualité, mais de mon histoire féministe, car ce qui m’intéresse beaucoup dans cette explosion salvatrice du féminisme que nous avons pu constater ces dernières années, est qu’elle met en lumière une diversité incroyable de profils et d’histoires : il n’y a pas un féminisme, mais autant de féminismes qu’il y a de femmes et de personnalités propres. On ne naît pas féministe on le devient, et c’est à quinze ans que j’ai pris conscience de mon identité de femme et de l’importance de ce combat, grâce à deux médiums : d’une part la musique, avec le courant riot grrrls des nineties (Bikini Kill, Babes in Toyland, L7), mais aussi certains groupes punks des 70s comme The Slits ou X-Ray Spex, et d’autre part la littérature, avec la découverte majeure de deux auteurs phares, Simone de Beauvoir et surtout Annie Erneaux, dont j’ai lu avidement les œuvres. A l’époque, j’étais très fan -et le suis toujours- du groupe Hole, les paroles de Courtney Love me traversaient l’âme de part en part, j’y reconnaissais toute ma force et ma fragilité de femme, j’admirais cette figure crucifiée par les médias et l’opinion publique, que l’on fustige sans cesse mais qui ne la ferme jamais. J’ai commencé à m’intéresser aux grands combats livrés par les féministes dans le monde, aux grandes injustices et inégalités qui stigmatisent, meurtrissent ou tuent chaque jour la liberté comme la chair des femmes, mais aussi aux petits combats du quotidien.

C’est en prenant mes marques dans la scène musicale parisienne que j’ai pu commencer à prendre conscience de l’importance du féminisme pour lutter contre la misogynie sous-jacente, celle qui s’infiltre au quotidien dans les mentalités et les jugements, celle qui, sournoise, parasite les comportements. Mais il m’a fallu d’abord m’affirmer pour cela, car comme bien des femmes, je reproduisais inconsciemment des schémas patriarcaux, en idolâtrant les groupies des années 60/70 par exemple, en parlant « comme un mec », en tombant amoureuse de garçons volages ou en luttant contre ces femmes qui comme moi reproduisaient les même schémas. Étant sociologue dans l’âme, ce qui me passionne est d’étudier sur le terrain la formation ainsi que la fixation des concepts misogynes, cela me fascine et j’en parle ici autant que je le peux. En ouvrant un blog, je me suis prise les relents de ces concepts en pleine face, et bien que j’en ai souffert à l’époque, il faut dire que j’étais très jeune, cela ne m’a rendue que plus forte et plus déterminée, mais cela vous le connaissez car je vous en parle régulièrement.

Aux alentours de 21 ans, j’ai commencé à ébaucher un projet de mémoire pour mon diplôme à l’EHESS, je voulais d’abord me pencher sur la contrainte du corps féminin dans l’histoire française, puis je me suis lentement focalisée sur le XIXème siècle, après tout il n’y a pas d’époque plus royalement misogyne, et elle l’était parfois de manière si grossière et absurde que ça en devenait comique ! Dès mon adolescence, j’étais fascinée par les grandes figures de la mythologie, les femmes fortes comme Lilith, Iris ou Ishtar, mais aussi les femmes dites fatales, à l’instar de Pandora d’où me viens le nom de mon blog. Comme j’avais la chance d’avoir un directeur de mémoire très confiant (Mr. Yves Hersant), j’ai eu une liberté absolue qui m’a permis de pondre un pavé de 217 pages que j’ai voulu à mon image, c’est à dire anti-conventionnel et surtout transversal, allant de la médecine à la sociologie en passant par l’art et la littérature. Le sujet, je ne sais pas trop le résumer car cela n’a jamais été mon fort, disons qu’il s’agit d’une grande fresque sur la misogynie au XIXème siècle, qui par son étude m’a permis de comprendre d’où viennent les concepts misogynes et patriarcaux qui persistent encore dans notre société. Une amie me reproche d’en parler dès que nous discutons sur le féminisme, mais c’est parce que pour moi, avant de parler de la femme d’aujourd’hui, il faut connaître celle d’hier : nous ne venons pas de nulle part, nos contraintes non plus. Ce travail qui m’a passionné durant des années, il ne dormira pas dans ma bibliothèque, car je veux le publier sous différentes formes et, je l’espère, différents ouvrages, j’ai déjà quelques idées et projets en cours, ce sera mon acte féministe à moi.

La femme me passionne, et pourtant il m’est souvent arrivée d’être incomprise par certains types de féministes de part mon apparence, et c’est pour cela que je continue de répéter : il n’y a pas qu’un seul féminisme. Après avoir passé des années le nez plongé dans les livres à étudier la femme, cela me semblait quelque peu ironique d’être jugée non ou peu féministe, mais je pense que si ce courant existe et s’agrandit aujourd’hui, c’est aussi pour que l’on cesse de reproduire ces schémas patriarcaux qui nous conduisent à nous montrer du doigt les unes des autres. Mon rôle je l’ai trouvé : c’est celui d’historienne, mais aussi de voix parmi tant d’autres puisque je continue à partager mes textes traitant des observations que je fais au quotidien. Certes, je parle aussi de maquillage, de lingerie, de toutes ces choses qui contribuent à l’objectivisation du corps féminin, mais c’est parce que je l’ai choisi et que cela me plaît. A bientôt trente ans, je ne me suis jamais sentie aussi forte, et ces attributs que la culture associe à la féminité, ils sont pour moi liés à cette force et non à une quelconque soumission : je me maquille, épile, habille pour moi, parce que je le veux, et quand je le veux. Ce n’est pas un diktat auquel je me conforme, ni une pression auquel je pousse à se soumettre les autres femmes, mais un choix personnel très affirmé. Telle une grande prêtresse de la Femme, je me transforme en créature, je me joue de la peur ancestrale des femmes, et je plante mes ongles rouges et longs dans les injonctions du patriarcat dans ce que la société attends de moi. J’ai monté mon « entreprise » seule, je gagne ma vie seule, je suis farouchement indépendante, je sors avec des hommes plus jeunes, je refuse de devenir mère, je ne fais pas la cuisine, je vis seule, je refuse de me soumettre en amour, je choisis d’être coquette et intellectuelle, je choisis un métier d’image ainsi qu’un métier de lettres, et je m’entoure des femmes fortes qui m’inspirent. Alors, comme une homme pourrait-on dire ? Non, comme une femme.

Dress : The Pretty Dress / Boots : Azzédine Alaïa / Hat : Vintage

From Paris with Love,

Louise


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