Road to Cadillac

24 avril 2018

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Pictures by Pauline Darley

Vendredi 30 mars, un train Gare de Montparnasse en partance pour Bordeaux, notre direction : les côtes du Cadillac, pour une tournée gustative et œnologique de cette région riche en belles demeures, mais aussi, et bien évidemment, en grands crus. A l’arrivée, une surprise nous attends, le tour de Cadillac se fera…en Cadillac ! Oui, une vraie, des années 60, et quel plaisir que de s’engouffrer dans cet intérieur molletonné (blague crasse) pour partir à la découverte de ce terroir, que notre chauffeur Monsieur Paul, qui est aussi le propriétaire de ce bel engin (seconde blague crasse) nous présente avec passion. C’est ma première expérience d’oenotourisme, et je suis déterminée à ne pas en perdre une miette, enfin, une goutte !

Dress : Hearts and Found / Coat and shoes : Boden Clothing

Une jolie table, du fromage, du bon vin, et une compagnie des plus réjouissantes, que rêver de mieux ? Je garde un souvenir ébahi de ce repas à la fois fastueux et intimiste qui nous a été offert au Château de Biac, dont les vignes s’étendent à perte de vue et semblent se perdre dans la Garonne, au cœur de cette merveilleuse région qu’est le Cadillac. Le domaine, qui s’articule autour d’un château du 17ème siècle, a été repris en 2006 par une chaleureuse famille originaire du Liban et qui, solidement appuyée par d’éminents consultants et une équipe de choc, perpétue avec virtuosité la tradition viticole de ce terroir. Plusieurs fois primé au Japon, leur cru de blanc liquoreux -une spécialité de la région- semble tombé du ciel tant il est divin, et pour l’avoir dégusté moi-même, je peux témoigner de son exceptionnalité.

C’est d’ailleurs le moment d’appeler Fred et Jamy pour une petite parenthèse doucement scientifique : comment fabrique t-on du vin blanc liquoreux ? En premier lieu, et vous vous en doutez, ce sont des raisins blancs, qui sont vendangés plus tardivement, une fois sur-maturés et surtout botrysés. Mais la botrysation, quezéaco ? Et bien il s’agit de ce que l’on nomme la « pourriture noble », c’est à dire de la fermentation du fruit par un champignon nommé Botrytis Cinerea, qui produit ce goût doux et moelleux qui fait les délices des Côtes de Cadillac. Il est vrai -et moi la première- qu’on a tendance à associer ce type de vin très sucré au foie gras, et…euh…juste au foie gras en fait. Mais que nenni ! J’en ai eu la preuve lors de ce délicieux repas, et je garderais longtemps la rencontre du blanc liquoreux de Biac et du comté 36 mois dans le panthéon de mes extases gustatifs.

En guise de promenade digestive, nous nous sommes rendus -toujours en Cadillac !- au Château Lamothe de Haut où nous avons été à nouveau accueillis avec force convivialité; d’ailleurs, inutile de le préciser à l’avenir car ce fut une sempiternelle -et très bonne- habitude dans cette région ! Situé au sommet d’une colline argilo-calcaire, ce domaine qui date du XVIème siècle et et fut rénové au XIXème dans un goût néo-palladien épuré, offre une vue imprenable sur les verts pâturages de cette région qui furent autrefois dd’une toute autre couleur, puis-qu’entièrement recouverts par la mer….et ce il y a plus de trente millions d’années ! C’est en se retirant peu à peu que l’eau a formé ces grottes calcaires qui dorment par centaines d’hectares sous le château de Lamothe (et un peu partout dans la région), et dont certaines portent même d’émouvantes traces de passages troglodytes. Une infime partie en sert aujourd’hui de cave, et à défaut d’hommes de Néandertal, ce sont les grands crus issus des vignobles du domaine qui y hibernent en paix…

Rendez-vous pris en milieu d’après midi au Château de Birot qui, outre sa superbe façade à l’impeccable symétrie, a pour particularité d’appartenir à un investisseur chinois, bien que la propriété semble être toujours supervisée par la famille des anciens héritiers. J’avais entendu bien des rumeurs au sujet de ces vignobles rachetés par des businessmen asiatiques, qui modifiaient soit disant le vin pour en en adapter le goût au leur (ah…la télévision !), mais j’ai été agréablement surprise de déguster des crus qui furent tout à fait dignes des richesses du terroir de cette région. Et encore plus surprise de découvrir, au sein de cette folie du plus pur goût XVII/XVIIIème, un cabinet recouvert de somptueux lambris naturalistes, merveille qui à coup sûr n’aurait pas été de trop dans le Petit Trianon !

Last but not least, un petit détour par le Château Faugas, dont les fondations remontent à l’ère gallo-romaine et dont les allures de forteresse donnent un certain style au paysage. Il faut vous préciser qu’à ce stade-là, notre petite équipe n’en menait pas large, après tout, nous en étions à notre quinzième verre…Et oui, je sais, les « pro » recrachent, mais étant épicurienne devant l’éternelle, je ne pouvais commettre pareille offense, surtout face à de tels crus d’exception, d’ailleurs je me suis découvert un penchant immodéré pour les blancs liquoreux, comme quoi, il faut le boire pour le croire ! Heureusement, le maître des lieux, par ailleurs spécialiste du combat frontal médiéval, nous a ragaillardi par une visite guidée du haut de son imprenable donjon, depuis lequel nous avons pu admirer les quinze hectares de son vignoble, ainsi que les terres ancestrales de la Garonne, et ce sans la tête qui tourne ! Et puis, une dernière dégustation par ci, un dernier tour en Cadillac par là, et c’était déjà l’heure de rentrer, mais alors avec une bouteille sous le bras, parce qu’on ne se refait pas !

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L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

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From Paris with Love !

Louise


3 commentaires



  1. comme précédemment, des images sublimes et une écriture digne d’une grande écrivaine. vraiment votre texte est un régal à l’égal de vos blancs liquoreux. encore, je veux encore vous lire

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