Trianon

13 août 2017

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Pictures by Pauline Darley

Alors que lentement s’installait la monotonie des jours de juillet, je retrouvai avec un plaisir non dissimulé cette tradition inaugurée l’été dernier, celle de visiter le domaine du Trianon. Cette période m’étouffe, chaque année à la même époque je suis prise d’angoisses sourdes, l’ennui et la paresse s’installent, je ne me concentre plus et flotte sans entrain d’une journée à l’autre : c’est la morne saison. Il y an précisément un an, une visite à Versailles en avait alors cassé le sortilège, et j’avais troqué mes langueurs d’odalisque contre une frénésie retrouvée de découvertes culturelles et de promenades historiques, qui faisaient au tout début l’essence de ce blog ! J’avais alors déterré par hasard une passion non pas oubliée, mais parfois délaissée à tort, et j’ai depuis veillé à ne plus la laisser me filer entre les doigts. En regardant ces photos, je peux y voir la fillette de huit ans aux nattes ébouriffées qui portait avec fierté sa broche Marie-Antoinette achetée à la boutique du château, et ce lien m’est cher; on évolue, on se perd de vue parfois, mais c’est l’âme d’enfant qui est garante de notre équilibre. Alors, au diable les erreurs, les tempêtes ou les errances, car tant que j’aurais Versailles, je ne serais jamais très loin.

***

Si Versailles l’été est un endroit qu’il vaut mieux éviter lorsque l’on a la chance de vivre autour de Paris (et donc la possibilité d’y revenir à souhait), le Domaine du Trianon apparait en revanche comme un véritable havre de paix. Car, aussi surprenant que cela puisse paraitre, un grand nombre de touristes n’en franchit pas le seuil, décrétant peut-être que l’endroit est trop loin…On ne leur en voudra pas, puisque grâce à cette semi-désertion, l’endroit est bien plus calme et aéré, on peut presque se faire une idée de ce qu’il a pu être à l’époque…Personnellement j’aime venir pique-niquer dans les alentours, déguster quelques macarons chez Angelina, et prendre le temps de faire la visite des jardins, un peu comme Marie-Antoinette l’aurait peut-être fait il y a plus de deux cents ans !

A l’origine, le Petit Trianon n’a pas été construit pour Marie-Antoinette, mais pour Madame du Barry, la maîtresse de Louis XV; ce dernier venait s’y vautrer pour quelques heures de volupté à l’abri des regards de la cour, c’est d’ailleurs lui et non la reine qui y fit installer ce célèbre système de tables volantes et de murs-miroirs coulissants, ce qui est plus logique quand on y pense ! Plus tard, une fois que Marie-Antoinette fut sacrée souveraine, Louis XVI lui fit don de ce petit palais de campagne, elle le décora avec goût très sûr et en fit un refuge secret d’où l’étiquette rigide de la cour était bannie, ainsi que la plupart de ses membres, ce qui on l’imagine bien ne joua pas en sa faveur lorsque la calomnie et l’impopularité s’abattirent sur l’ancienne archiduchesse autrichienne. Entourée d’un « cercle enchanté » de jeunes aristocrates à l’esprit enlevé, la reine y organisa des nombreuses fêtes qui furent aussi féériques que privées. C’est là qu’elle y donna une fête somptueuse pour Gustave III (et sûrement par extension pour Fersen le bien aimé), et qu’elle s’y enferma durant plusieurs jours pour soigner une rougeole, simplement accompagnée de quatres chevaliers servants, les incontournables Busenval (le doyen du cercle) Coigny, Esterhazy, et Guines (je rédige cet article de mémoire, mais ça ne peut être qu’eux, ne manquent dans cette liste d’amis intimes que Artois, Lignes, Polignac et son amant Vaudreuil, et bien sûr Fersen).
On décida par la suite de prolonger ce goût du simple et de naturel -en parfaite adéquation avec la mode et les idées rousseauistes de l’époque- par un immense jardin pittoresque à l’anglaise piqué ça et là d’un belvédère et d’un temple de l’amour (le fameux paysage à fabriques dont je vous parlais dans mon dernier post), puis vint le théâtre où de médiocres représentations du Barbier de Séville (quelle ironie dans ce choix!) furent données par la reine et ses complices. Mais bientôt ce ne fut plus assez, et il fallut construire un réplique parfaite d’un Hameau de campagne, avec une laiterie, un poulailler, bref, toute la panoplie même les faux paysans ! Excepté que les moutons portaient des noeuds de satins bleu myosotis et que les murs faussement rustiques étaient lézardés à la main par Richard Mique et Hubert Robert : pas question de vivre une vie dure de paysans, il faut seulement s’y aimer, s’émerveiller, dans l’esprit de ce simulacre du sentiment vrai qui anime les nobles de la fin XVIIIème. Mais à quelques kilomètres des grilles dorées de Versailles, la vraie France rurale elle, se mourrait de faim et de froid, mais ça n’était ni assez charmant, ni assez pittoresque…A l’heure du procès d’octobre 1793, la reine reconnut qu’on « avait été entrainé dans les dépenses peu à peu », mais le peuple n’état alors guère enclin à pardonner la Veuve Capet…

Au sujet de Marie-Antoinette, voici une petite sélection des ouvrages la concernant :

-Marie-Antoinette par Antonia Fraser : Je vais être honnête, je ne l’ai pas relu celui-là depuis plus de dix ans. Je l’avais acheté au moment de la sortie du film éponyme car Sofia Coppola le citait sans cesse, mais j’avais été quelque peu déçue quand à son caractère très factuel, car en grande amoureuse de la littérature, j’ai besoin de vibrer avec les mots ! Toutefois il ne faut pas le négliger car il s’agit d’un des ouvrages de référence sur le sujet, qu’on peut aisément imaginer être plus objectif que celui de Zweig, mais par conséquent plus lisse.

-Marie-Antoinette par Stefan Zweig : Mon favori, et de loin ! Il est assez décrié, car Zweig fonde ce portrait sur sa finesse d’interprétation psychologique, ce qui me séduit totalement mais qui, on l’imagine, coince pas mal du coté des historiens. Personne aujourd’hui ne peut prétendre connaître réellement la personnalité de Marie-Antoinette, et Zweig comme d’autres en a simplement avancé une hypothèse, certes subjective, mais si belle. Quelle puissance dans ce texte, dans ce portrait parfois au vitriol, qui à l’instar de son sujet se pare dans les plus grands tourments d’une passion et d’une dignité qui tournent au sublime. Marie-Antoinette la frivole et l’orgueilleuse y est dépeinte dans toute sa splendeur de reine, de femme et de mère. Qu’on apprécie ou non la souveraine autrichienne, ce livre est à lire.

-Les Années Trianon par Catherine Hermary-Vieille : J’avais peur que ce livre consacré à la reine et son cercle d’intimes soit un peu léger, mais il expose au contraire sans pitié l’immense fossé qui se tient entre une France accablée et une cour accablée elle aussi, mais d’indécentes dettes. Les montants énoncés ça et là sont effrayants, et contrastent de la plus choquante manière avec le récit de ce peuple à genoux, qui périt dans une misère bien souvent abjecte. Le goût Marie-Antoinette a beau être divin, son époque fascinante, on ne peut occulter cette dimension sociale et politique. Malgré tout, je pense que la souveraine n’en soit pas la seule responsable, les dépenses de la cour étaient alors faramineuses et inutiles, les guerres de véritables gouffres financiers, et bien des courtisans ont profité avec avidité des largesses de cette souveraine trop influençable.

-Mémoires sur Marie-Antoinette de Madame Campan : Ce livre est très court mais il a le mérite de présenter la reine au plus près de son quotidien, les réflexions et observations couchées par sa première femme de chambre y sont touchantes, presque tragiques car témoignant d’un bonheur bientôt perdu. Quand même, quel incroyable destin que celui de cette femme de chambre, qui fondera plus tard le pensionnat pour jeunes filles de Saint-Germain, où elle veillera notamment à l’éducation de Hortense Beauharnais et sa cousine Stéphanie (qui serait la mère de Kaspar Hauser, pour les amoureux d’énigmes historiques), ainsi que de Pauline et Caroline Bonaparte (futures Borghese et Murat).

-Catalogue de l’exposition Marie-Antoinette au Grand Palais (2008) : Je me souviens avec nostalgie de cette jolie exposition vue il y a bien longtemps à Paris, la scénographie y était exquise, et elle avait pour mérite de présenter côte à côte les deux portraits de Vigée-Le Brun, Marie-Antoinette en gaulle, et à la rose. Le catalogue qui en a été tiré est de très bonne lecture pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet en cernant son époque et ses goûts, car Marie-Antoinette eût sur les arts décoratifs de son temps une grande influence. Pour ma part je le lis en même temps, avançant chronologiquement au rythme de la biographie, ainsi en découvrant ces objets délicats qui firent ses joies, j’aspire à me plonger plus intimement dans le petit monde qui entourait la reine.

From Versailles with Love,

Louise


1 commentaire



  1. Mitbrodt dit :

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    xo
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