Voyage en Forêt Noire

06 février 2020

Life | Looks | Voyages

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Photo Clara Ferrand

La Forêt Noire, Schwarzwald en allemand, terre vallonnée de lacs et de sombres forêts de pins, terre fertile de folklore et de légendes, terre mystique du romantisme allemand.

Avant ce voyage, je connaissais peu l’Allemagne, si ce n’est pour une série de séjours à Berlin, et une échappée de quelques jours en Bavière, dont les paysages brumeux, aux accents oniriques, annonçaient déjà ceux que j’allais rencontrer en Forêt Noire. En vérité, je connaissais même si mal l’Allemagne, que je n’avais aucune idée de l’endroit où se trouvait cette vaste région, c’est dire si mes lacunes étaient grandes. La Forêt Noire se situe en fait au Sud-Ouest de l’Allemagne, dans l’état de Bade-Wurtemberg, mitoyen de la frontière française. Strasbourg en est ainsi toute proche.

Lors de ce séjour, organisé par l’agence Article Onze et l’Office du Tourisme de la Forêt Noire,  j’ai voyagé en compagnie de : Mademoiselle Voyage, Mademoiselle Bon Plan, et Wild Road.

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Jour 1

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Après un rapide -1h30 environ- trajet en TGV en partance de la Gare de l’Est, nous arrivons à Karlsruhe avec un solide appétit, et cela tombe à pic, puisqu’ici les portions sont généreuses, comme au restaurant Erste Fracht situé en face de la gare, où nous filons aussitôt. Bières locales, poisson, chou et pommes de terre, pas de doute, nous sommes bien en Allemagne ! Et si la cuisine lorgne gentiment du coté de la tradition, la décoration, elle, reste on ne peut plus moderne. C’est spéciaux, convivial, de quoi démarrer notre séjour sous les meilleurs auspices.

Nous posons nos valises à l’hôtel Am Markt, qui a pour avantage de donner directement sur la grande place du marché. Dommage qu’elle fut en travaux.

Pas le temps de faire la sieste, nous avons la ville à découvrir, et elle est vaste ! En effet, Karlsruhe est la seconde plus grande ville de la région, ainsi que l’un des principales d’Allemagne. Qui plus est, elle est situé au plus près de la frontière française, ce qui en fait une destination idéale pour de nombreux touristes venant y passer une journée ou plus si affinités.

Photos Clara Ferrand

Notre première étape est le palais royal de la ville, dont l’importance est capitale, puisqu’il détermina à lui seul la fondation de la ville, lorsque le magrave -titre princier donné en Allemagne- Charles-Guillaume de Bade-Durlach le fit bâtir en 1715. Selon la légende il aurait, dans un songe, rêvé d’une ville nouvelle dont les rues se déploieraient en rayons autour d’un château, à l’instar de celle du Roi Soleil à Versailles, sur laquelle il aurait régné en souverain éclairé. Voilà comment la ville de Karslruhe, dont le nom signifie « le repos de Charles », fut sortie de terre, et que son plan affiche toujours, malgré de lourds bombardements durant la guerre, une construction en éventail. Malheureusement, le château, qui abrite le musée des arts décoratifs, était fermé ce jour-là, néanmoins nous avons quand même pu visiter les jardins, une promenade idéale pour cette belle journée ensoleillée.

 

Après le château, direction le centre-ville, au charme tout à fait pittoresque. L’empreinte du Moyen-Age y est bien présente, et se lit à chaque coin de rue. J’adore cette architecture allemande, elle dégage une telle force d’atmosphère, que l’on se croirait transporté au temps de Goethe.

Photos Clara Ferrand

Pour rester dans le registre du délicieusement suranné, n’hésitez pas à emprunter le téléphérique qui vous conduira sur la colline de Turmberg, là où se tiennent encore les vestiges d’une tour d’observation construite par le margrave à la fin du 17ème siècle. Les wagons sont incroyables, on dirait du Wes Anderson ! D’ailleurs, le téléphérique est lui aussi un morceau d’histoire, puisqu’il fut installé en 1888, c’est dire.

Le soir venu, nous partons à la découverte culinaire de la Karlsruhe, un Food Tour proposé par l’office du tourisme. Première étape, Heilige Sophie, où se dégustent cocktails et tapas méditerranéens, dans un décor chaleureux. Un bon melting pot de cultures ! L’estomac déjà bien rempli, nous nous dirigeons vers le restaurant Eigenart, dont la décoration est placée sous le signe de la création, les murs étant tapissés d’œuvres réalisées par des artistes locaux. Cuisine raffinée, bons vins, meubles anciens et conversation animées sous la lueur des bougies, de quoi passer une exquise soirée…

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Jour 2

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Photo Clara Ferrand

Se déplacer en Forêt Noire sans voiture ? Rien de plus simple ! J’ai été bluffée par l’efficacité du réseau de transports dans la région, puisque, mis à part une poignée de d’excursions au coeur de la forêt, nous avons tout fait au moyen de trains, trams ou bus. C’était d’ailleurs très agréable, les paysages défilant au long du chemin étant d’une rare beauté, que les couleurs de l’automne ne faisaient qu’amplifier. Chaque jour, j’ai ainsi pris un véritable plaisir à goûter à ces trajets, qui m’ont évoqué ceux des écrivains voyageurs d’autrefois. A mon tour donc, je me suis livrée aux joies de l’introspection, laissant mes pensées cahoter au rythme des oscillations du wagon, l’esprit vagabond.

Notre tram s’arrête à Baiersbronn, et nous voilà ainsi arrivées en plein cœur de la Forêt Noire, dans la mythique Schwarzald chère au folklore germanique. En compagnie de notre guide, nous partons en découvrir les secrets, à commencer par le promontoire de Allmandblick. La vue, non seulement y est spectaculaire, mais la brume légère qui parcourait le paysage ce matin-là rendait l’atmosphère encore plus mystérieuse, magique même, à la grande surprise de notre guide qui ne comprenait guère notre fascination pour ces vallées brumeuses. C’était pourtant le romantisme allemand à son sommet !

Photos Clara Ferrand

Après avoir croisé une famille de biches, dont nous avons observé chaque mouvement avec fascination, nous nous arrêtons un instant dans la réserve d’Ellbachtal afin de casser la croute, et nous familiariser avec les plantes comestibles de la Forêt Noire, que nous avons receuillies sur le chemin. Une fois lavées et coupées, elles se marient parfaitement avec du beurre ou de la crème, et surtout, un bon vin de la région ! Cet apéritif surprise fut l’un de mes meilleurs souvenirs du séjour, c’était si pittoresque, si champêtre….

Je profite de cette pause pour faire des photos façon Jeune Werther de Goethe avec Clara. Contrairement aux idées reçues, le tricorne n’est pas forcément synonyme de piraterie, il s’agissait simplement du chapeau le plus commun au XVIIIème siècle.

Photos Clara Ferrand

Je suis comme happée par la densité de la forêt, qui commence tout juste à se parer des couleurs de l’automne. J’ai beaucoup voyagé, et pourtant je n’en ai jamais vu d’aussi belle. Elle parait vivante, à la fois silencieuse et bruissante, d’une intensité presque assourdissante. Que de légendes elle a du inspirer…Je comprends mieux pourquoi elle a tant fasciné les artistes.

Rassurez-vous, à Baiersbronn on ne se nourrit pas que de plantes ramassées dans la forêt, au contraire, il s’agit de l’un des centres gastronomiques les plus réputés d’Europe. La ville est même la seule en Allemagne à posséder deux restaurants étoilés, c’est dire. C’est au Forellenhof que nous avons pu vérifier cette réputation, dans une ancienne Fischerstüble située au cœur de la réserve naturelle de Buhlbach, et transformée depuis en restaurant gourmet. Dans un décor tout à fait typique, on y déguste des flammekueches copieuses et de la truite fumée, pêchée directement dans le domaine piscicole appartenant au restaurant, difficile de faire plus frais ! Une fois le repas achevé, je vous conseille d’aller observer le panorama depuis la terrasse de l’établissement; entre le lac et les sapins brumeux qui s’étendent à perte de vue, c’est une immersion complète dans l’âme de la Forêt Noire.

A près de 920 mètres d’altitude, se niche le panorama d’Ellbachseeblick, une passerelle construite 9 mètres au dessus de la vallée, qu’elle surplombe comme un oiseau. Face à la perspective de ces vallons monolithiques caressés par une brume mouvante, hypnotique, nous restons muettes d’émotion. Je songe au tableau de Caspar David Friedrich, le Voyageur contemplant un mer de nuages. En cet instant, j’y suis comme projetée, et je ressens l’intensité du Sublime d’Edmund Burke, cette « terreur délicieuse » provoquée par le spectacle d’une nature déchainée, ou simplement grandiose.

Seconde et dernière halte au Lotharpfad, un sentier appartenant à la réserve de Schliffkopf, qui fut créé à l’orée des années 200, après que l’ouragan Lothar ait dévasté la région et abattu des centaines d’arbres. Leurs carcasses déracinées, aux tortueuses racines, gisent encore ça et là autour des passerelles de bois qui composent ce sentier, et se mêlent agréablement à la nature ressuscitée, à laquelle elle offre un puissant contraste. Les couleurs ici sont exceptionnelles, une symphonie de tons fauves, presque brûlés, donnant un je ne sais quoi de lunaire à ce paysage heurté par le vent. Difficile de ne pas songer à Twin Peaks.

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Photos Clara Ferrand

C’est avec regret que nous quittons Baiersbronn pour nous diriger vers notre prochaine étape, la station thermale de Freudenstadt, réputée pour ses cures et son air pur. C’est ici que nous apprenons à réaliser une authentique Schwarzwälderkirschtorte, la fameuse « forêt noire », dans le charmant salon de thé Pause, situé non loin de la majestueuse Marketplatz, connue pour être la plus grande place d’Allemagne. Je dois l’avouer, j’avais des idées préconçues au sujet de ce gâteau. Étant absolument réfractaire à tout dessert nappé de crème ou de chocolat, summum de lourdeur pour moi qui n’aime que les fruits, je pensais détester la forêt noire. Et bien que nenni, puisqu’il s’agit en fait d’un gâteau aérien, à peine sucré, et qui déguste comme un nuage. Ce miracle s’accomplit grâce à l’alliance de fines couches de génoise légère, tapissées de crème fouettée au kirsch et garnies de cerises imbibées d’eau de vie, dont le goût est plus amer que sucré. Je salive rien que d’y penser.

Nuitée et diner à l’hôtel Teuchewald, un grand complexe hôtelier perché sur les hauteurs de Freudenstadt, qui dispose d’un spa et d’un immense parc naturel aux alentours, sur lequel donne la plupart des chambres, dont la mienne. Comme au Forellenhof, les serveuses y sont également vêtues du costume traditionnel, le fameux dirndl, ce qui n’est pas pour me déplaire puisque je les collectionne. Repas copieux à base de spätzle grâtinées, sortes de pâtes ressemblant à des gnocchis qui sont LA spécialité culinaire de la région, et dégustation d’eaux de vie locales, assez raides. Prost !

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Jour 3

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Arrivée à Freibourg, où nous allons passer près d’un jour et demi. La ville, ancienne capitale du Land du Bade, est située au plus près de la frontière française, et accueille ainsi de nombreux touristes et expatriés. Par ailleurs, Fribourg est une aussi ville étudiante, ce qui lui confère une certaine énergie, ainsi qu’une vie nocturne dynamique. La ville, non seulement est donc vibrante, mais aussi charmante, avec ses tours et ses façades médiévales, ses enseignes chevronnées, et bien sûr ses canaux, qui lui ont valu le surnom de Venise allemande.

Nous posons nos valises au Green City Hotel Vauban, un établissement hôtelier écologique situé dans le quartier pro-environnemental de Vauban.

L’altière cathédrale de Freibourg, surnommée le « Münster », qui fut édifiée en trois étapes, du 12ème siècle jusqu’au milieu du 13ème. Elle possède un extraordinaire programme de vitraux. A ses pieds, se tient un grand marché proposant food trucks et produits locaux, incontournable lorsque l’on visite la ville, car il en est le coeur. Dans les petites rues adjacentes, charmantes d’ailleurs, je pars à la recherche d’une boutique de vêtements traditionnels, et m’achète un beau dirdnl noir.

A Freibourg, nous rencontrons Sébastien, notre hôte de l’office du tourisme, un jeune étudiant français parlant un allemand parfait et doté d’un merveilleux sens de l’humour. En sa compagnie, nous goûtons aux spécialités locales -vins, saucisses…-, et en apprenons davantage sur l’histoire de la ville, et ses coutumes.  Les petits canaux courant le long des rues par exemple, les fameux « bächles », qui servaient à faire circuler l’eau en cas d’incendie, et où les enfants aimaient à barboter et faire naviguer des petits bateaux en bois, une tradition toujours vivante de nos jours. L’on dit d’ailleurs que si par inadvertance l’on tombe dans un de ces canaux, un mariage avec un fribourgeois est à prévoir. Cela m’est arrivé, et je suis toujours célibataire !

Photos Clara Ferrand

Vue imprenable sur la ville depuis le téléphérique du Schauinsland. Je décide de ne pas poursuivre la randonnée sur les hauteurs, et profite d’un moment de sérénité dans un joli restaurant situé non loin de l’arrivée du funiculaire.

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Je n’ai, malheureusement, aucune photo à vous présenter de cette soirée-là, ayant décidé de sacrifier ma minutieuse documentation pour profiter pleinement du moment présent, et j’eus bien raison, car ce fut mémorable. Après un diner copieusement arrosé au Großer Meyerhof, taverne de style traditionnel au décor et à l’atmosphère chaleureuse, nous sommes parties découvrir les joies de la nuit fribourgeoise dans les petits bars du centre-ville et ce fut, ma foi, fameux !

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Jour 4

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Quelle tristesse de quitter Freibourg où nous nous étions si aisément acclimatées ! Heureusement, de nouvelles découvertes nous attendent à Mülheim, ultime étape de ce riche périple en Forêt Noire. D’emblée, le décalage avec Fribourg est vif, tant Mülheim parait calme, intimiste. Pourtant la ville, qui fut fondée à l’aube du XIXème siècle par Napoléon, rassemblant pour cela plusieurs communes, est habitée par près de deux cent mille âmes, et abrite même une aéroport, sans que cela ne vienne pour autant détruire son charme de petit bourg campagnard, à l’architecture pittoresque.

A Mülheim, nous sommes accueillies par Martin Magnus, membre émérite de la confrérie des boulangers -il en porte fièrement la médaille !- et figure bien connue de la ville. Notre guide n’a pas été choisi au hasard,  car il faut savoir que Mulheim était autrefois réputée pour ses nombreux moulins. D’ailleurs, son nom se traduit en allemand par Moulin, ce qui est on ne peut plus explicite ! En compagnie de Martin, nous partons donc nous promener aux alentours du centre-bourg, à la recherche des vestiges, forcément émouvants, de cette tradition hélas depuis perdue.

Découverte du très joli palais Blankerhorn, décoré dans le pur style romantique, qui abrite aujourd’hui le musée d’art et d’histoire de la ville. Une visite très instructive que je vous recommande chaudement.

Photos Clara Ferrand

Le soir, nous dinons au restaurant Louis, toujours en compagnie de notre ami Martin, qui nous régale en anecdotes historiques sur sa ville bien-aimée. C’est le dernier soir et, en sus des redoutables pintes de bière auxquelles je commence à sérieusement prendre goût, j’opte pour une traditionnelle Wurstsalat, mieux connue chez nous sous le nom de « salade de cervelas au fromage ». C’est, ma foi, étonnement bon.

Nous logeons à l’hôtel Alte Post, situé à une dizaine de minutes en bus du centre ville. Comme son  nom l’indique, il s’agit d’un ancien relais de poste, datant de la fin du XVIIème siècle et transformé depuis en établissement hôtelier, simple mais charmant. Il aurait, dit-on, accueilli Goethe entre ses murs, ce qui n’est pas pour me déplaire.

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Jour 5

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C’est notre dernière matinée en Forêt Noire, et nous allons la passer au cœur de vignes de Mülheim. Nous nous y rendons au moyen de vélos électriques, sortes d’hybrides entre la trottinette et la vélo classique. Malgré quelques montées un peu ardues le long des routes de cette campagne vallonnée, le soleil brille haut dans le ciel ce jour-là, et aussi l’effort en est-il rendu agréable, régénérant même. Une fois arrivées à destination, c’est un paysage spectaculaire qui nous attend. Ainsi perchées au sommet des vignes qui s’étendent à perte de vue, nous faisons à la fois face à la Forêt Noire, hypnotique, majestueuse, et à la campagne environnant Mülheim, où clochers et villages se répètent à l’infini.

Sur place, en sus de l’époustouflant panorama, nous attendais également un atelier dégustation de vins locaux. Beaucoup de blancs, bien sûr, mais aussi quelques rouges, tous excellents. Ces agapes clôturèrent donc en beauté ce séjour parfait.

Photos Clara Ferrand

Pour tout vous dire, je m’y transporterais bien, dans cette matinée ponctuée de rires et de verres qui scintillent, elle qui m’aura confirmé, c’est certain, mon attachement profond pour cette région et les expériences inoubliables qui m’y fut offertes.

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Pour plus d’informations : Office du Tourisme de la Forêt Noire

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Louise


2 commentaires



  1. Keri Powell dit :

    Magnificent.
    A truly wonderful post. You are an inspirational character.

  2. paul dit :

    Thanks for the beautiful tour and amazing photos

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