Louise Ebel, Paris, Art lover, 70′s groupie and XIXth century fanatic. Welcome to my musings !

“Personality is needed. There is too much sameness. The world seems only to have a desire for more of this sameness.”


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Valtesse de la Bigne.

Art, XIXème, 24.08.2011, 46 commentaires


Valtesse, par Henri Gervex.

Cet été, j’ai dévoré de nombreux ouvrages et biographies sur les “grandes horizontales” de la seconde moitié du 19ème siècle, je les collectionne avec une telle passion que bientôt je devrais même pouvoir ouvrir une médiathèque spécialisée…Je me suis demandé pourquoi ce sujet me fascinait tant, et je crois que c’est parce qu’il exprime ce que je préfère dans cette époque. La débauche parisienne, le tape à l’oeil, la femme fatale très “vagina dentata”, les exubérances mondaines. Jai toujours vu le 19ème siècle comme une époque faite de contradictions, qui s’expriment à merveille dans les grandes “lionnes”, indépendantes de coeur, explosant toutes les conventions bourgeoises et la place réduite qu’elles donnent aux femmes. Mais aussi terriblement liées à la situation financière de leurs riches protecteurs, forcées à un train de vie ostentatoire afin de les valoriser, dépendantes de ces hommes dont elle engloutissent les fortunes, avant de finir pour la plupart dans la misère. Elles n’en restent pas moins des personnages fascinants, extravagants, et souvent liés au monde des arts, j’aimerais ainsi vous en présenter quelques unes.

Henri Gervex, Rolla (1875). On peut supposer que Valtesse fut le modèle pour cette oeuvre.

On connait surtout Valtesse par Emile Zola, elle aurait en partie inspirée son personnage de Nana, lui volant même son surnom de “rayon d’or” pour le changer en “mouche d’or”. Comme Nana, Valtesse (contraction de Votre Altesse) est fille de blanchisseuse , née Louise Delabigne, et comme Nana, elle rejoint la cohorte des lorettes et grisettes qui fleurissent le bien nommé quartier de Notre-dame-de-Lorette, en quête d’amants passagers et réguliers, et surtout d’un avenir meilleur. Dans la famille, la “vertu” se transmet de mère en fille, la mère n’étant déjà pas bien farouche, la soeur de Valtesse se met quand à elle à son compte sous le fort original pseudonyme de Marquesse. La petite Louise/Valtesse est débrouillarde et surtout très jolie, correspondant parfaitement aux critères de l’époque avec son opulente chevelure rousse telle un “rayon d’or’, sa peau laiteuse et ses formes galbées. Comme Nana, elle début au théâtre, enfin pas celui de Sarah Bernhardt, mais ceux des boulevards et du quartier Latin, plateformes de choix pour entrer dans la “Haute-Bicherie”. Si elle ne brille pas par son talent d’actrice et de chanteuse ce sont ses atouts plus gironds qui parviennent cependant à éveiller l’oeil de ses riches spectateurs, et d’Offenbach qui en fait sa muse.

Valtesse, par Edouard Manet.

Valtesse est lancée, elle collectionne désormais les amants riches, toujours plus riches, mais aussi amants de coeur et même amantes. Comme une grande courtisane, elle s’affiche au Bois de Boulogne (qui n’avait pas pris la connotation putassière qu’il a aujourd’hui, mais était un passage obligatoire dans le circuit mondain) dans des toilettes d’une “sobriété exemplaire” propre aux cocottes, fait construire un hôtel particulier d’une sobriété du même ordre, où elle peut recevoir ses nombreux protecteurs, mais sur rendez-vous cette fois. Car si elle est dépendante financièrement, c’est elle qui mène le jeu, en effet les courtisanes sont réputées pour leur tempérament passionnel et impulsif, qu’elles n’hésitent pas à exacerber, c’est leur en donner pour leur argent ! Car à  l’époque, on s’arrache les faveurs d’une courtisane comme on s’achète une hôtel, c’est un signe extérieur de richesse, à elles de dépenser outrageusement et d’afficher bien haut la réussite de leurs protecteurs. Et qu’importe qu’elles en aient plusieurs, c’est même encore mieux ! Comme le dit Arsène Houssaye, “la femme galante est un billet de circulation qui prend d’autant plus de valeur qu’on y lit plus de signatures”.

Lit de Valtesse par Edouard Lièvre, vers 1875.

Mais la concurrence entre les grandes horizontales est rude, Valtesse le sait et elle n’hésite pas à exacerber son personnage, à se créer un identité propre, telle une marque de fabrique. Sa devise : “Ego”, what else ? Elle choisit la couleur bleue pour la représenter, et en revêt ses livrées, ses robes, et son lit grandiloquent, au rôle primordial puisque c’est là que tout se joue. C’est aussi pour son lit qu’on connaît Valtesse, sa légende a traversé les années grâce à Emile Zola, qui en fait une opulente description dans Nana. Description imaginée puisque le célèbre romancier n’a jamais eu accès à la chambre de Valtesse, que la mystérieuse réservait à ses amants. Justement, la belle aime cultiver le mystère qui l’entoure, qu’elle considère à raison comme une excellente publicité. Mystère quand à son enfance (qui sera publiquement révélé lors d’un procès concernant la garde de sa fille, cette dernière partagée entre sa prostituée de mère et sa prostituée de grand-mère, qui a dit déterminisme ?), mystère quand à sa supposée liaison avec l’empereur Napoléon III, et même mystère post-portem, car la malicieuse s’est faite enterrer avec deux amants, dont les identités soulèvent encore bien des questions. On raconte même qu’elle ne serait pas étrangère à la mort de Léon Gambetta, car loin d’être cruche, elle aimait à se mêler de politique. Elle se fait aussi romancière, et protectrice des arts, celle que l’on appelait “L’Union des peintres” lance ses amis artistes et n’hésites pas à s’occuper d’eux d’une manière plus personnelle, puisqu’elle prend pour amants Henri Gervex et Edouard Detaille. Contrairement aux autres cocottes vite cramées, Valtesse sait que la beauté est éphémère, aussi elle se montre relativement prudente quand à ses dépenses, et intransigeante dès qu’il s’agit de se faire payer, ce qui lui permettra de finir ses vieux jours dans un très beau domaine à Ville d’Avray. Avec elle, la moindre caresse se monnaie, comme elle l’enseignera à sa protégée Liane de Pougy, future grande horizontale .

Liane de Pougy.


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46 commentaires




  1. Marquise Olympia dit :

    Excellent article, ça m’a (re) donné envie de lire “nana” de zola et de lire le livre que tu as lu !

  2. gérard dit :

    Merci.Passionnant.

  3. Cherry dit :

    Après cette description comme avant gout, je pense que je vais finir par acheter les Grandes horizontales ^^

  4. Cookies dit :

    Carrément chouette comme article Louise :) :) :)

  5. Haleigh dit :

    love these! surtout le Henri Gervex

  6. Nina dit :

    Oh, je viens de finir L’éducation sentimentale, et c’est exactement ça ! Merci pour cette petite biographie.

  7. Shug'A'Very dit :

    Superbe article vraiment!entre peinture, roman et Histoire!Je crois que tu m’as aussi redonné l’envie de lire Nana. :D

  8. V. dit :

    Article très intéressant ! Ca donne envie d’en savoir plus ! :)

  9. Hélène dit :

    L’article est juste parfait pour donner envie de lire des biographies de ce genre !
    Merci !
    Et je ne savais pas tout ça ….. Quel livre as-tu lu ?

  10. Minimoiz dit :

    merci pour cet article.

    Je me demande pourquoi en tant que jeune femmes modernes que nous sommes, cette époque et ces “demoiselles” nous intéressent autant aujourd’hui…

    Les idéaux, la situation économique et politique, les valeurs de la femme, sa place… tout est si différent et pourtant elles nous intriguent, nous passionnent, nous envoûtent presque… l’historienne de l’art que tu es aurait-elle des éléments de compréhension de ce phénomène?

  11. Diglee dit :

    J’aime j’aime j’aime, d’autant que j’avais bien remarqué ton bouquin sur ce thème, dans les photos de ton appart, et que ce tableau de Gervex, découvert il y a quelques mois, m’a littéralement scotchée.
    C’est passionnant tout ça, quand même…

  12. pour moi qui n’y connais absolument rien, tu as réussi à m’intéresser jusqu’au bout !!
    bel article !!

  13. Rose dit :

    Article très bien fait et très intéressant!
    Bises
    Rose

    http://les-falbalas-de-mademoiselle-rose.blogspot.com

  14. Julie Marie dit :

    OUaaa merci pour cet article.
    Moi je cour m’acheter nana !

  15. ayla dit :

    C’est chouette d’apprendre tout ça… merci Louise!

  16. Clara dit :

    Bonjour Louise !
    pardon de me servir de ce post (vraiment TRES intéressant par ailleurs, bravo!) pour te dire cela, mais aurais-tu par hasard visité l’exposition The Cult of Beauty à Londres, sur l’esthétisme ? C’était au Victoria & Albert Museum (fini, malheureusement…) et je n’ai pas arrêté de penser en la visitant que ca t’intéresserait sûrement beaucoup ! L’as-tu vue ? Qu’en as-tu pensé ?
    C’était particulièrementoriginal parce que ça traitait d’un mouvement qu’on connaît bien par miettes, mais de façon globale. Toute la fin de siècle avec William Morris, les plumes de paon, l’orientalisme, Oscar Wilde, les couleurs outrageuses, le magasin Liberty, la “décadence morale” et sa caricature, les pré-raphaélites et les débuts du symbolisme….. Une merveille absolue, une révélation.Tu trouveras sans doute sur internet le très beau catalogue de l’exposition, et même sans te connaître je crois pouvoir te le conseiller sans aucun risque !
    Tu seras peut-être aussi intéressée par l’énormes bouquin sur les maisons closes sorti récemment ?
    désolée, j’espère que tu ne prends pas mal ce ton presque amical, peut-être déplacé… En tout cas ton blog est excellent, j’admire beaucoup l’érudition qui accompagne ton sens du style !

  17. Elsa Gorwalski dit :

    Je pense que si l’on se passionne tant pour cette période de l’histoire, c’est peut être parce qu’elle reflète certaines aspirations et ressentis que nous avons à l’heure actuelle. Une lassitude de notre monde, constamment en mouvement. Célébrer l’individualité et la personnalité contre la standardisation, aussi. Je m’égare là !

    http://elsagorwalski.blogspot.com/

  18. Letizia dit :

    J’avoue que ce genre d’article est la raison pour laquelle j’aime autant venir sur ton blog. Surtout ne change pas ces intermèdes historiques, ça donne une autre dimension au personnage que tu interpretes. Merci encore pour ce moment educatif !

  19. Noelia dit :

    Hola, me gusta el tema de tu blog, soy tu seguidora, y lo miro a diario :)
    Pasate por mi blog y sigueme :)
    http://www.departedelin.blogspot.com/

  20. Sylvie dit :

    C’est très intéressant et très bien écrit, bravo et merci!!

  21. Léa dit :

    Salut à toi Pandora, cela fait un bon bout de temps que je suis ton blog, j’apprécie ton univers, l’ambiance de tes photos, et ton style vestimentaire qui m’a tout l’air de correspondre à ta déco. Tu ne le fais sans doute pas exprès mais tu donnes l’impression à tes lecteurs d’être très/trop sérieuse (J’ai bien lu ton article à se sujet, où tu dis avoir beaucoup d’autodérsion, alors pas la peine d’en remettre une couche, je sais, mais je tenais à te le dire) Bref, là n’est pas le sujet de mon commentaire. En effet, je voulais te dire à quel point j’aime que tu me fasses découvrir des oeuvres, des ouvrages, des personnalités,… Cela me donne envi de lire, d’aller dans des musées, et de découvrir pleins de choses, tout ça grâce à tes articles que je trouve à la fois court et complet. J’espère vraiment que tu n’arrêteras pas cet aspect là de ton blog que je trouve passionnant, gros bisous, et bonne continuation à toi !
    -Tu ne voudrais pas nous faire cours d’histoire de l’arts dans mon lycée ? ;)-

  22. Claudine dit :

    J’ai lu le livre de Virginia Rounding il y’a quelques annees qui est reste longtemps l’un de mes essais contemporain favori, je me trompe ou tu as eu l’occasion de visiter le tres prive hotel de la paiva deja ? il ne me semble pas qu’il soit ouvert au public..

  23. christelle dit :

    Génial! j’en suis une fondue aussi, de ces grandes horizontales! j’ai lu une autobio de Cora Pearl qui m’a beaucoup surprise parce que c’est tourné comme un récit érotique pas piqué des vers! :)))) Il n’est pas facile de trouver de la doc sur elles(je travaille dessus pour un projet personnel), mais elles étaient des femmes libres à leurs manières, pour les plus grandes d’entre elles.
    quant à l’exposition the Cult of Bauty, elle arrivera vraisemblablement chez nous à Orsay cette année…

  24. Very interesting article… It makes you want to learn more.

  25. Sophie dit :

    Merci Louise, j’avais adoré Nana, tu me fais voir le bouquin sous un autre angle, passionnant.

  26. Robin dit :

    Très beau dialecte, un vrai talent d’écriture !

  27. Très interessant, merci pour ce bien joli article très enrichissant.

  28. Clémence dit :

    Tu m’as donné envie de me remettre à Zola! J’avais découvert nana dans l’Assommoir! Livre que j’ai adoré, maintenant à moi Nana ;)

  29. Lily07 dit :

    Cc Pandora,

    je suis ton blog depuis de nombreuses années et il est vrai que je ne commente que très rarement. Mais je tenais à te dire que j’aime beaucoup ton univers. Le site reflète une personnalité riche, complexe et épanouie. J’adore les articles sur l’art, ta déco et les petites anecdotes historiques comme celle-ci.
    Merci encore de nous faire partager un univers si particulier :D

    Bonne soirée, xoxo !

  30. littlered dit :

    Salut louise ! Très sympa cet article, très instructif. Merci beaucoup !

  31. elsa dit :

    merci pour cet article c’est super intéressant, et quand c’est raconté par quelqu’un de passionné ça change tout de suite :-) !!

  32. Petite L. dit :

    Bel article, très passionnant :)

  33. Nora dit :

    C’est sincèrement passionnant. J’imagine que le temps te manque mais ce serait super d’avoir plus d’articles de ce genre (voire un autre blog dédié à ce sujet ? Bon OK j’abuse.). J’étudie l’Histoire et m’intéresse de plus en plus au XIXème en particulier et j’apprends plein de choses grâce à ton blog, autre que ce que je peux apprendre en cours sur le contexte politique de l’époque. Bonne continuation !

  34. les photos et les peintures sont sublimes, un vrai régale pour les yeux!

  35. Bettie dit :

    Article passionnant, merci beaucoup. J’espère que nous aurons la chance d’en rencontrer d’autres sous ta plume et ton regard, de grandes horizontales.

  36. c1ara dit :

    super article, j’adore ces intermèdes historiques sur des personnalités féminines et je trouve que l’alternance de ce genre de post et de ceux où tu te mets en scène , fait toute l’originalité de ton blog!
    je viens de lire ton post sur la casati et même si le dernier livre de camille de perreti ne m’avait pas trop emballé, je vais courir à la fnac ;)
    j’ai aussi vu l’exposition the cult of beauty et comme l’internaute dans un précédent com, je suis sure que tu l’as aimé si tu l’as vu ou alors je te recommande vraiment le catalogue: une merveille! et totalement en adéquation avec ton univers

  37. Samantha dit :

    J’ai toujours aimé le coté “Histoire” de ton blog, c’est un plaisir de lire tes articles et d’élargir sa culture!

  38. Marine dit :

    C’est pour ce genre d’articles que je visite ton blog avec beaucoup de plaisir.
    merci pour cette découverte et cette belle histoire.

  39. Laura dit :

    Merci Louise pour ton article bien écrit et bien construit. Je vais relire Zola que j’ai peu lu dans mon adolescence car je trouvais ces romans plutôt sombres et tristes (cf l’Assommoir). Peut-être aurai-je un autre œil maintenant ?

  40. Marie dit :

    Je ne consulte que de temps en temps ton blog et je crois que sur tous les articles que j’ai pu lire, c’est celui que j’ai le plus aimé. L’école et la cadence effrénée à laquelle on devait lire notre Zola, m’en a un peu dégoutée. Mais je pense surement lire “Nana” (qui a sa place définie par la poussière dans ma bibliothèque), grâce à ton article. Merci (:

  41. Claire dit :

    Merci beaucoup Louise pour cet article passionant! :)

  42. [...] est unique. Ces merveilles sont déclinées par thème et portent le Nom des Grandes Horizontales (Courtisanes du 19ème siècle): Emma, Liane…Autant de bagues vintages, de Camey. Un hommage au 19éme siècle, qui côtoie [...]

  43. [...] Jean Lorrain, avec lequel elle organisera un grand mariage « publicitaire ». Valtesse de la Bigne, qui initie Liane de Pougy aux mystères de la haute-bicherie et du saphisme, et dont le penchant [...]

  44. So' dit :

    Quand c’est toi qui en parle, le sujet devient vraiment très intéressant. Merci pour tous ces articles.

  45. Henri Dumon dit :

    Très peu intéressant, le résumé omet des éléments principaux. Comment les gens peuvent-ils savoir à quoi s’attendre en lisant ce livre si cet article est totalement incomplet? Décevant…

  46. [...] Valtesse de la Bigne’s bed is one of the few things from the courtans havings that still remain to us. To know more about this courtesan read Louise post about her here. [...]

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