Chartres médiévale

13 décembre 2019

Art | History | Pandora | Voyages

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Pictures by Pauline Darley

Chartres, saison trois, épisode deux ! A force, je m’y sentirais presque comme chez moi, grâce à la générosité de l‘office du Tourisme qui, une fois encore, nous à fait confiance. L’an passé, notre séjour avait été placé sous le signe du Grand Siècle, avec une visite du château de Maintenon, demeure mythique de la dame du même nom pour les beaux yeux -ou plutôt pour l’esprit- de laquelle un grand roi, qui se prétendait fil du soleil, descendit un instant de son trône afin d’épouser en secret cette noble déchue, née en prison. Pas de coiffures à la Fontages ni de souliers à talons rouges à prévoir cette année, puisque la grande horloge astronomique qui pare les abords de la cathédrale allait cette fois nous projeter plus de huit siècles en arrière, au temps des bâtisseurs et des fauconniers, des rois chevaliers et de leurs descendants maudits. Sortez votre plaid et un bon thé, et entrez dans la ronde, car je vous emmène au Moyen-Age…

Quel bonheur de retrouver Chartres, même sous un soleil de plomb ! Aussitôt, nous partons flâner dans le centre historique afin de nous familiariser à nouveau avec la ville, ce que j’appelle le « tour du propriétaire ».

La bonne nouvelle, c’est que le labyrinthe, qui était en cours de restauration lors de nos deux derniers séjours à Chartres, a été enfin ré-ouvert ! Avec la vierge noire, il s’agit de l’un des fleurons de ce monument, qui, comme chaque élément de la structure, a été pensé pour entretenir une symbiose directe avec le reste de l’ensemble. Ainsi, le labyrinthe peut-être considéré une projection terrestre de la rosace, puisque son centre correspond précisément à celui de cette dernière. Mais si le labyrinthe appartient empiriquement au monde tellurique, il n’en propose pas moins un voyage spirituel au pèlerin, invité à cheminer à travers une succession d’arcs de cercle qui représentent le chemin de la vie et, à terme, une rencontre avec Dieu. Que l’on soit croyant ou pas, c’est une occasion de méditer, en silence, et de se ressourcer.

Une pause au Grand Monarque, où nous logeons. Mon article sur l’hôtel est à retrouver ici.

Promenade dans la ville-basse, le long des ponts et canaux qui bordent l’Eure, afin de gagner le Moulin du Ponceau, un charmant restaurant gastronomique ayant pignon sur rivière. Le cadre est on ne peut plus idyllique ! Dans une authentique bâtisse datant du 16ème siècle, la décoration joue la carte des contrastes, avec un design chic et contemporain, qui se marie parfaitement avec le caractère pittoresque des lieux : poutres apparentes, colombages, cheminée. C’est cosy, chaleureux.  Quant à la cuisine, elle est créative, raffinée, et fait la part belle aux produits régionaux et de saison. Belle découverte.

En rentrant, nous tombons inévitablement sur les projections oniriques de Chartres en Lumières, qui se déploient tous les jours dans vingt-quatre sites historiques, de la tombée de la nuit jusqu’à une heure du matin, et ce durant une période de six mois. Ces illuminations sont vraiment la spécialité de la ville, et bien qu’elles s’exportent un peu partout en France aujourd’hui, c’est à Chartres que se trouvent les plus grandioses, les plus émouvantes. Il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne pas se sentir transporté par cet extraordinaire voyage dans le temps. Toute la majesté de la cathédrale s’en trouve décuplée, jusqu’à l’apothéose. C’est irréel.

Chartres, la reine des cathédrale françaises, seule à avoir survécu intacte aux guerres et à la révolution française, bien qu’elle ait tout de même été détruite en 1194, après un passage de la foudre qui causa un terrible incendie. Chartres, dont les racines remontent aussi loin qu’au IVème siècle, Chartres, qui en est déjà à sa septième version, et enfin Chartres, la maison de la Vierge, pour qui des pèlerins affluent en masse depuis les quatre coins de la planète. Chartres, à force ici, vous la connaissez.

La différence notable dans notre visite cette année, c’est que nous l’avons faite avec une guide extraordinaire, Victoria Gonichon, dont le discours nous a à tel point passionnées, que nous l’aurions bien gardée pour la journée entière. Bêtement, nous pensions que la cathédrale n’avait plus aucun secret pour nous, et bien non, tout le contraire même ! Par exemple, je ne savais pas qu’il restait des traces de polychromie sur le portail nord, ou que le programme décoratif du portail royal annonçait déjà le syncrétisme de la Renaissance, avec son allégorie des arts libéraux et ses philosophes antiques. C’est ce qui me fascine avec les monuments de style roman et gothique, il n’y ait pas un détail qui soit pensé au hasard, pas un élément du décor architectonique qui ne soit en dialogue permanent avec l’ensemble, pas un motif qui n’ouvre à une réflexion spirituelle profonde. A l’image de ses vitraux, dont elle possède le plus grand nombre en Europe, cette cathédrale est un joyau, qui se lit comme un livre ouvert, avec ses propres éléments de langage. Pour Victoria, Chartres est même une bibliothèque entière, fourmillant de livres de verre et de pierre, pensés pour apporter à tous les clés de compréhension du divin. Et soudain, le matériel touche à l’immatériel…Il suffit pour cela de lever les yeux.

Retrouvez mes articles sur la cathédrale ici, et ici.

Allez hop, en costume ! Et puisque je n’en fais souvent qu’à ma tête, le mien est bien sûr un hybride, qui s’inspire très librement des Lady of Shalott et autres Belle Dame sans Mercy qui ornent les murs de la Tate Britain, et dont les chevelures rousses, tentaculaires, représentent depuis toujours mon idéal (qu’il me tarde de retrouver d’ailleurs). A cette inspiration première, j’ai rajouté un soupçon d’esprit païen, façon derniers jours de Rome, bacchantes à guirlandes tressées et pluies de roses chez Héliogabale, et peut-être quelque chose de Game of Thrones aussi, forcément. C’est syncrétique, dirons-nous, et un peu impie aussi pour notre bon royaume de France, mais ne disait-on pas que les rousses étaient l’incarnation du démon ? Blague à part, il s’agit là d’un hommage inconscient à l’histoire de Chartres, où du temps de Jules César déjà, était célébré sur l’emplacement de l’actuelle cathédrale le culte druidique d’une figure féminine parturiente, une Vierge d’avant le christianisme, en somme.

Grâce à la fête médiévale, le parvis de la cathédrale était rendu aussi frémissant qu’au temps de sa construction il y a de cela maints siècles. Partout, se déployaient tentes et échoppes présentant de manière ludique et didactique les divers secteurs d’artisanat de l’époque, et pour de vrai, puisque forgerons et tailleurs de pierre étaient réellement en pleine activité, ce qui était passionnant à voir. Ailleurs, se tenaient une ferme pédagogique, un atelier de filage de laine, et même de brassage de bière. A vrai dire, il y a avait tant à faire qu’on ne savait plus ou donner de la tête, et c’est tant mieux !

Le long des jardins de l’évêché, place aux dresseurs et aux conteurs, ainsi qu’aux jongleurs.  Comme il est agréable de déambuler le long de ces ateliers, et de se laisser parfois emporter, pour écouter une histoire ou regarder un combat d’épée.

Autre axe majeur de ce grand week-end de festivités, les parades et reconstitutions historiques mises en place un peu partout autour de la cathédrale et que nous avons hélas loupées pour la plupart, étant affairées à d’autres découvertes. Mais l’honneur est sauf, car nous avons tout de même assisté à épique un lancer de drapeaux de la délégation italienne, dont les émissaires ont mis la ville à genoux avec leur faste et leurs costumes somptueux. C’est ce qu’on appelle faire un entrée ! Pas d’inquiétudes néanmoins, puisque la cour de France avait de quoi se tenir, et s’occuper aussi, avec un mariage, un adoubement et un couronnement en moins de trois jours. Respect. Et pour les dissipés comme nous qui avaient fait faux bond aux reconstitutions, le parvis de la cathédrale avait été transformé en camp du roi de France, ainsi que le jardin de l’évêché en camp du roi d’Angleterre. Évidemment, nous avons été fureter dans les parages.

Étant dans mon personnage de despote, le resting bitch face était donc de mise.

C’est eux qui ont demandé, je vous jure ! Voyez que, comme la Reine d’Angleterre, j’adopte la pose signature.

Le soir, une grande fête se tenait à la Collégiale Saint-André, le Festin des Reines, et vous dire que nous avions grand hâte était un euphémisme. C’était mon tout premier banquet médiéval, et je n’ai pas été déçue car le lieu, les costumes commes les animations nous ont offert un authentique voyage à travers les siècles. Pour une fois, je laisserais les photos parler à ma place…

Enfin, les portes de la grande salle s’ouvrent, le moment tant attendu est arrivé. Nous pénétrons au rythme des mélodies folkloriques jouées par l’orchestre, et sommes accueillis par un verre d’hypocras, sorte de vin aromatisé au miel typique du haut Moyen-Age. On peut dire que le contexte historique est parfaitement ressuscité, et jusqu’au moindre détail puisque, quelques minutes plus tard, entrèrent au son des trompettes le Roi et la Reine de France, suivis par leur cour, qui prirent place le long d’une grande table présidant le banquet. Etant de simples plébéiens, nous nous asseyons sur des tables communes, mais dans une joyeuse proximité qui favorise les rencontres, c’est bien plus attrayant. Le vin coule, les mets sont généreux, tout en veillant bien sûr à conserver le souci de justesse historique. Le plus étourdissant, ce sont surtout les mille et un temps forts qui rythment cette soirée, et qui se succèdent à toute allure : troubadours, bouffons, acrobates, maîtres chiens, maîtres fauconniers, combats à l’épée, conteurs et magiciens et, pour finir, grand bal de danses médiévales. Nous en sortons repues, les yeux brillants et ivres de joie. Quelle soirée !

Bien réveillées le lendemain matin, nous regagnons le centre historique sous une chaleur étouffante, mais pas de panique, le salon de thé du Molière est là pour nous accueillir et nous garder à l’ombre, le temps d’un brunch exquis. L’endroit, aménagé au coeur d’un hôtel particulier datant de la fin du 15èeme siècle, a pour avantage d’être situé à quelques dizaines de mètres de la cathédrale, et d’offrir un service continue et rapide, ce qui permet de se désaltérer sans perdre trop du temps précieux accordé aux visites du jour. Heureusement, rapide ne veut pas dire mauvais, au contraire même, puisque ce brunch était très bon, en particulier les quiches et les pâtisseries, que je vous recommande. Une bonne adresse, agréable et pratique !

Nous quittons Chartres en beauté, par une visite improvisée de cette charmante église Saint-Aignan, dont les fondations remontent au Vème siècle, ce qui en fait donc la plus ancienne de la ville, mais dont le décor polychrome, en revanche, date de la seconde moitié du 19ème siècle, ayant été réalisé par un collaborateur de Viollet-Le-Duc dans le style néo-gothique typique de l’époque. Il y a là aussi un je ne sais quoi de russe, les couleurs sans doute, et ce vert qui me rappelle les puissants piliers de malachite sur lesquels s’élèvent certains sanctuaires de Saint-Petersbourg. Quant aux fresques peintes qui courent le long de la voûte, ne font-elles écho à celles de la fameuse cathédrale à bulbes du Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé ? Pour en revenir à Saint-Aignan, nul doute que l’église doit pâlir de la fréquentation extrême de la grande cathédrale, qui se situe à quelques minutes piétonnes, et c’est fort dommage, même s’il est agréable de déambuler dans des travées désertées par la foule, et de s’arrêter sur le son démultiplié de ses propres pas. Pauline et moi y étions absolument seules, coupées du monde comme du temps; n’est-ce pas un luxe de nos jours ?

Sur le chemin du retour, en regagnant l’hôtel, nous passons une dernière fois devant la cathédrale et, ô surprise, une troupe de troubadours s’est installée, avec force tambours et trompettes, sur le parvis du portail nord. Nous l’écoutons aussi hypnotisées que le jeune garçon sur la photo ! Mais hélas, il est déjà temps de partir…Quel adieu somptueux, au revoir Chartres !

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site de l’Office du Tourisme : Chartres Tourisme

***

From Paris with Love,

Louise


3 commentaires



  1. Natginger dit :

    Mon Dieu quel article! C’est à lire et à relire (il faut que je m’en imprègne), et quel don pour nous faire voir et lire tout l’intérêt de la ville et de la cathédrale et de la fête à laquelle vous avez magnifiquement participé! Les photos sont superbes, et vos tenues, comme toujours tellement inspirées, recherchées, et vos expressions…. Vous ne détonnez pas, tant par les splendides tenues, que par la recherche qu’il y a derrière, tant pour « coller » à l’époque que pour vous en détacher et y apporter votre touche personnelle grâce à votre culture, votre sens artistique et votre côté si créatif! Bravo! Quant à la rousseur et à l’allusion au démon, cela m’a bien amusée: comme je vous l’ai déjà dit, les roux étaient mal vus en Espagne car on pensait que Judas l’était, ce qui fait écrire à Quevedo dans El Buscón à propos d’un personnage roux « qu’avec ça tout était dit »… Et les rousses aux cheveux frisés des sorcières, c’était certain… C’est bien pour ça que je continue d’être fière de ma fausse couleur rousse et de mes boucles :)Merci Louise!

  2. Franchement c’est une ville que je ne connais pas du tout, merci pour la découverte ! Tes photos sont vraiment sublimes, d’ailleurs quel appareil photo utilises-tu ?

    Des bisous !

  3. Je suis toujours sous le charmes de tes photos et de tes looks. Tes articles sont vraiment un régal pour les yeux!
    Bises

    Justine

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