Le Musée Champollion à Vif

09 juillet 2021

Musées | XIXème

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(Toutes les photos sont de Culturez-Vous, qui a eu la gentillesse de me prêter son talent, la batterie de mon appareil étant, hélas, restée à la maison !)

Quand j’étais petite, comme beaucoup d’enfants j’étais fan, absolument fan de l’égyptologie. A quel point me direz-vous ? Au point que, du matin au soir je ne vivais, mangeais, et ne dormais que pour l’Egypte. Et si j’avais su, alors, qu’il y avait quelque part en France un musée consacré à Jean-François Champollion, découvreur des hiéroglyphes et père de l’Égyptologie, j’aurais sûrement trainé mes parents jusqu’à Vif, en Isère, et pas bougé de là de la journée. Le problème, c’est qu’un tel musée n’existait, c’est normal, il vient à peine d’ouvrir ! Et puisque que je suis, quelque part, toujours une enfant, je donc m’y suis rendue avec les yeux de mes huit ans.

Inauguré le 4 juin, et gratuit pour tous les visiteurs, le musée Champollion est situé dans l’ancienne résidence secondaire de la famille Champollion, à Vif, en Isère, non loin de Grenoble. Elle se trouve aux pieds du Vercors, dont on peut admirer les hauts reliefs depuis le parc, lui conférant ainsi un cadre naturel incomparable, qui à lui seul aurait valu le tour si le musée n’était pas une telle pépite !

A l’origine, il ne s’agissait pas de la maison de campagne de Champollion, mais de celle de son frère aîné, Jacques-Joseph, enfin de celle de la femme de ce dernier, Zoé Berriat, fille d’un grand notable de la région, qui avait fait l’acquisition à de la maison et la transmit ensuite à sa fille. Sur l’invitation de son frère, dont il était très proche, Champollion venait souvent y séjourner l’été, voilà pourquoi de nombreux objets ayant traits à ses fréquents séjours sont restés, comme son lit ou son bureau.
Jusqu’en 2001, la maison appartenait encore aux descendants, qui par chance ont eu le souci de la préserver dans son intégrité, refusant les nombreuses propositions qui leur furent faites de vendre les objets ayant appartenu au découvreur des hiéroglyphes. Un important travail de restauration a dû être réalisé, ainsi qu’une mise à niveau pour l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite, tout en respectant la cohérence du lieu, inscrit aux monuments historiques. La partie la plus ancienne date quand même du 16eme siècle !

Quelle surprise lorsqu’on pénètre dans la première salle du musée, quelle surprise et surtout quel bonheur, puisqu’on l’on se retrouve instantanément projeté dans un salon bourgeois de la première moitié du XIXème siècle, et avec une décoration exquise avec cela, tout en jaune bouton d’or, qui n’est pas sans rappeler les ors de l’Egypte Antique. Difficile, donc, de croire que cette pièce a été entièrement créée par les concepteurs du musée, qui ont voulu offrir au visiteur un voyage le plus authentique possible dans l’époque, ainsi qu’un voyage dans l’intime, à travers l’histoire de cette famille dont d’authentiques portraits nous sont présentés. Le salon, mais aussi la salle à manger, apparaissent tels qu’ils auraient pu être à l’époque.

C’est à l’âge de dix-onze ans que Champollion, élève turbulent au demeurant, commence à se passionner pour les langues de l’orient. En plus du grec et du latin qui lui sont enseignés à Grenoble, il apprend ainsi l’hébreu, l’arabe, le syriaque et l’araméen, tout en se perfectionnant à l’étude du dessin classique, ce dont témoignent de prometteuses études à la sanguine ou au fusain qui sont conservées dans le musée.

Cet intérêt croissant de Champollion pour les civilisations orientales, et plus particulièrement leurs langues, s’inscrit dans le contexte de l’Expédition d’Égypte, que le musée s’attache à présenter au travers d’une collection de tableaux et d’authentiques antiquités égyptiennes prêtées par le musée du Louvre. Menée par Bonaparte entre 1798 et 1801 au retour d’une campagne militaire qui s’acheva dans la débâcle, l’Expédition comprenait pas moins de 167 savants chargés d’étudier le territoire dans chacun de ses aspects, dont les recherches furent ensuite publiées dans « La Description de l’Égypte », colossale encyclopédie de près neuf cent planches.

Le tableau ci-dessus, par exemple, représentent les membres de l’Expédition en train d’étudier le temple de Dendera, où  s’affairent aussi bien et peintres et antiquaires, que géomètres et ingénieurs.

C’est précisément à cette époque que fut découverte la fameuse pierre de Rosette. A l’origine, il s’agissait d’un décret, publié en -196 sous le règne de Ptolémée V Epiphane et rédigé en trois langues : égyptien hiéroglyphique, égyptien démotique, ainsi que grec. Néanmoins, de part son statut de butin de guerre, la pierre de Rosette fut directement envoyée au British Museum de Londres; Champollion ne put donc en étudier que des reproductions ou des empreintes, ce qui est fascinant.

Et bien qu’il n’eut probablement jamais le loisir de contempler l’originale, c’est à force de travail acharné et de comparaisons qu’en 1822 il finit par réussir là où tant d’autres avant lui avaient échoué. En effet, grâce à sa maîtrise des langues orientales, dont il avait étudié pas moins de douze (ainsi que le chinois !), il comprit que les hiéroglyphes étaient une combinaison de signes phonétiques, symboliques, ainsi que de signes mots, c’est à dire déterminant le mot qu’ils précèdent. La clé pour les déchiffrer !

« Je tiens mon affaire ! » écrivit-il à son frère depuis Paris.

Suite à l’Expédition d’Égypte, et plus tard à la découverte historique de Champollion, c’est une véritable vague d’égyptomanie qui s’empara de la France, ce qu’illustre le musée grâce à des objets ayant appartenu à la famille, dont une bibliothèque portant cette incroyable cartouche, qui figure le nom Champollion en phonétique.

Malgré l’importance majeure de sa découverte, Champollion ne se contenta pas de rester le déchiffreur des hiéroglyphes, il étudia aussi la civilisation égyptienne -alors largement méconnue- dans sa globalité, c’est pourquoi on le considère à juste titre comme le père de l’égyptologie

En 1926, il sera même nommé conservateur au Musée du Louvre et ce sera lui qui, le premier, y fera entrer les antiquités égyptiennes dans les collections. Aujourd’hui, on a tendance à l’oublier car l’Egypte est bien présente dans nos musées, mais à l’époque cela induisit un certain bouleversement des consciences occidentales car, jusque là, seules les civilisations romaines et grecques étaient considérées comme civilisations mères.

S’il l’a constamment étudiée, Champollion n’est véritablement allé en Égypte qu’à l’age de 37 ans, en 1828. Là-bas, le choc pour lui fut total : « je suis arrivé (…) dans cette terre d’Egypte, après laquelle je soupirais depuis longtemps. Je baisai le sol égyptien en le touchant pour la première fois, après l’avoir si longtemps désiré. » Il s’y acclimata d’ailleurs tant et si bien qu’il changea même de look, comme le montre ce portrait de son ami et collègue Giuseppe Angelelli.

Hélas, il devait mourir quatre ans après, laissant son frère adoré reprendre le flambeau de ses recherches, dont le musée a reconstitué la bibliothèque.

Outre ce fascinant parcours dans les collections permanentes, le musée propose également des expositions temporaires liées à l’égyptologie, ainsi que des nombreuses activités pour les enfants. N’oubliez-pas, également, d’aller vous promener dans le parc de 2.5 hectares attenant au musée, c’est un délice par beau temps !

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Musée Champollion à Vif

45 rue Champollion, 38450 Vif

Gratuit, ouvert tous les jours sauf le lundi

 

 


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